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Retrospective 2015

2015 aura été un véritable blockbuster artistique incarné par le retour de Star Wars grâce à Mickey, la souris. Lors des douze mois qui viennent de s'écouler une grosse partie des têtes d'affiche ont saturé les beats quelques fois aériens et d'autres fois plus féroces de leurs producteurs. Malgré les albums de Booba, les mixtapes de Drake, de belles révélations passées sous le radar se sont franchement imposées. Notamment dans notre cher rap hexagonal où la trap avait tendance à envahir l'espace par ses instrumentales devenues trop attendues et ses flows souvent identiques. Six lettres ont quelque peu bousculé la manière de faire par d'autres phrasés et une atmosphère singulière, PNL et SCH. Un renouvellement inattendu. Mais comme chaque année n'est qu'un teaser pour la suivante, nous frétillons d'avance en attendant 2016.

TOP ARTISTES

Booba

Booba le sait mieux que quiconque,« La mort c’est la sœur de la paresse », et en 2015 le plus Américain des Boulonnais ne s’est pas vraiment eu le temps d’être paresseux. Poussé par une liste de prétendants qui s’allonge à mesure qu’elle transforme buzz en succès commercial, le duc s’est efforcé de protéger le California King Bed qui lui fait office de trône, et ce tout au long de l’année. En mars, Booba assène la première charge avec D.U.C, un exutoire sans véritable calcul, où quelques performances impeccablement rappées se perdent parmi d’autres « tubes » plus calibrés. Certifié disque d’or, l’album touche sa cible sans convaincre pleinement. Plein de confiance, Kopp se décide à frapper par surprise le 4 décembre, en venant se frotter à ses concurrents les plus crédibles. Sa ruse est trompée par Rohff, son ennemi de toujours, mais qu’importe, Nero Nemesis cogne juste et transcende la foule d’un Bercy flambant neuf qui lui répond à guichets fermés quelques jours seulement après sa sortie. En parallèle, Booba s’est aussi fait l’avocat du rap français avec le développement de son média OKLM.com, avec lequel il entend mettre en lumière les talents de demain, et plus récemment de la radio qui y est liée. À l’amour comme à la guerre.

PNL

2015 aura été une année rayonnante pour le rap français. Outre la quantité notable de sorties de qualité, 2015 a surtout observé une forte recrudescence de nouveaux talents aux inspirations diverses qui a poussé les tauliers à sortir les crocs. À la tête de cette meute de trouble-fêtes, deux jeunes loups sortis des halls sombres de l’Essonne pour mordre 2015 si vigoureusement qu’il « reste du sang » sur leurs dents acérées. Unis par les liens du sang sous l’entité PNL (acronyme de Peace & Lovés), Ademo et N.O.S ont su réinventer le rap de rue au cours d’une année ponctuée par la sortie de deux albums, Que La Famille et Le Monde Chico. Leur recette ? Un constat froid, parfois fataliste, de la vie des quartiers et de la bicrave, adoucit par prisme de l’auto-tune qui épouse des productions brumeuses, éthérées et piochées sur les quatre coins de la toile. Par leur totale absence médiatique, les deux frangins ont d’abord intrigué, avant d’hypnotiser un public conquis non seulement par leur musique, mais aussi par leur mentalité. PNL est QLF, succès et réussite sont entièrement mis au service de leurs proches, qui constituent même les protagonistes de leurs clips. La profession n’a pu échapper au phénomène et même Oxmo Puccino les a adoubés : « La rue n’a jamais été aussi bien chantée depuis longtemps ».

Drake

Drake est partout, un ubiquiste médiatique. Des featurings en rafale, avec Beyoncé, Future, The Game, Big Sean, Kanye West ou Fetty Wap. Un clash avec Meek Mill, remporté haut la main. Une mixtape surprise, If You’re Reading This, It’s Too Late, lâchée « à la Beyoncé », quand ses fans attendaient de pied ferme l’album View from the 6 ; l’opus aura notamment explosé le record Spotify, en comptabilisant plus de 17 millions de lectures sur la plateforme en seulement 3 jours. Un baiser forcé avec Madonna, sur la scène de Coachella. Une collaboration avec Air Jordan pour sa griffe OVO. Une autre mixtape à succès, What a Time to Be Alive, pensée à deux têtes avec Future. Et puis un clip, celui d’ « Hotline Bling », soulevant un buzz monstre grâce à ses pastiches à la pelle. Drizzy est une machine à tubes, le roi du Billboard Hot 100. Sa musique est futuriste et envoûtante, toujours, veloutée et mielleuse, la plupart du temps, et sait se faire plus brute, parfois. Le emcee fragile, aujourd’hui poids lourd du hip-hop, plane au-dessus de la mêlée. Il est surpuissant et inoxydable. Intouchable.

Kendrick Lamar

Encore inconnu du grand public il y a quatre ans, Kendrick Lamar a déboulé et retourné la raposphère. Le 16 mars, il s’octroyait le culot de leaker une semaine en avance et sans single son album To Pimp A Butterfly. Il s’en écoulera plus d’1 million d’exemplaires dans le monde. L’essai est fou et sublime, rétro et avant-gardiste, complexe aussi. K-Dot se laisse difficilement saisir, TPAB se pave de multiples ruptures, empreinte des voies tortueuses, se veut conscient et conceptuel. Son auteur y module sa voix à l’envie et y déroule sa verve raffinée. Ses clips, eux, sont à la fois cinglés et léchés. En février dernier, lors des Grammy Awards 2015, le jeune prodige raflait les prix de la meilleure performance rap et de la chanson rap. Pour l’édition 2016, il marque encore un peu plus l’histoire en devenant l'artiste le plus nominé (11 catégories) depuis Michael Jackson il y a trente ans. Lamar oscille en permanence entre mainstream et underground, croise le micro avec Taylor Swift puis Jay Rock, Chris Brown puis Glasses Malone. Malgré ses grands écarts, il poursuit un même objectif, celui d’être un leader de la communauté noire. Plus qu’un artiste, Kendrick est un porte-drapeau, une inspiration. « The ghost of Mandela, hope my flows they propel it”.

Travis Scott

Difficile d’échapper à Travis Scott cette année ; entre son entêtant « Antidote », sa flopée de featurings et son amourette avec Rihanna. Il faut dire que la nouvelle coqueluche du rap ne passe pas inaperçue, avec ses nattes et son grillz, sa folie douce et sa bestialité, son esthétique hypnotique et futuriste. Sa grâce déroutante, en fait. Scott est le représentant d’une nouvelle scène hip-hop expérimentale, hybride et inclassable. En 2015, « La Flame » a (un peu) quitté les jupes de Yeezy, enquillé les productions, notamment pour Riri (« Bitch Better Have My Money »), Drake (« On My Vibe » et « Company ») et Madonna (« Illuminati »), rempli des salles chauffées à blanc et livré son premier album, Rodeo. L’opus rassemble un casting étoilé et éclectique, avec Future, 2 Chainz, The Weeknd, Kanye West, Chief Keef, Justin Bieber, Young Thug, Schoolboy Q ou encore Toro y Moi. Des débuts explosifs qui présagent un avenir doré. « Ma vie entière est un rodéo », répète le emcee comme un mantra. Pour l’instant, il tient fermement les rênes d’une carrière montée brutalement en orbite.

TOP ALBUMS

Kendrick Lamar – To Pimp A Butterfly

To Pimp a Buttefly n’a pas besoin d’être écouté. Redécoupez les interviews de Kendrick (« sortez un gamin noir de Compton, mettez-le sous les projecteurs, et vous trouverez des réponses sur vous-mêmes que vous n’auriez jamais recherchées »), scrutez attentivement le livret de l’album, ses clichés, K. Dot, assis, seul sur une caisse de champagne, bouteille de champ’ à la main, liasses de billets éparpillées sur le sol, puis prenez du recul sur cette Amérique, idéalisée, mais toujours hantée par son passé aux relents racistes, et ainsi, vous pourrez mesurer le profondeur de son œuvre. TPAB est un album jonché de doutes et d’insécurités. L’ascension sociale express provoquée par Good Kid M.A.A.D. City, a poussé le gamin de Compton à muer en papillon, mais beaucoup trop vite. Les effets secondaires opèrent sous nos yeux (« u »). Un poème en guise de purgation « I remember you was conflicted… », et pour répondre à ses questionnements, Kendrick regarde derrière lui, vers ses prédécesseurs, car l’histoire est faite d’exemples pour l’aiguiller.

George Clinton, Miles Davis, Boris Gardiner, Dr. Dre, tous lui prêtent main-forte pour l’exfiltrer des limbes, où seuls les analgésiques le calmaient (« painkillers only put me in the twilight »). La texture sonore (« For Free »), les expérimentations (« For Sale ? »), les musiciens de session (Thundercat, Robert Glasper), tous tentent de donner des pistes de réflexion. Mais cette quête spirituelle, cette recherche de quiétude constante pendant seize titres, est personnifiée par un dialogue avec son idole 2Pac. Ses interrogations trouvent des réponses, et Kendrick prend la pleine mesure de son rôle et de son fardeau. Pas besoin de détailler, les années qui viennent, on parlera encore de To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar.

Travis Scott – Rodeo

La place de Jacques Webster en studio est difficile à situer. Est-il derrière le micro ou produit-il ? Donne-t-il des idées et Mike Dean se charge du reste ? Toutes ses spéculations sont inévitables, mais l’influence du bonhomme est réelle. « Piss on Your Grave » semblent tout droit sortir d’une session de Yeezus. Un détail, qui laisse penser que sans lui, Yeezus n’aurait pas sonné de la même manière. Travi$ Scott synthétise cette espace chaotique, où influences et cultures s’entremêlent, dans l’optique d’avancer, quitte à bousculer. Une sorte de Rodeo, spectaculaire, pittoresque, comparable à un spectacle de Monster Truck..

Détruire pour reconstruire. Les premières notes d’« Antidote » annoncent une insurrection. Il n’est pas facile d’être dans la tête de Travi$ Scott. Et le bonhomme nous offre une autopsie de son cortex cérébrale. Pornographie. Amour. Codéine. Existentialisme. Justin Bieber. Chief Keef. Tout s’entrechoque. D’une certaine manière, « 90210 » incarne cette frénésie. D’un côté, la face obscure, trap, « auto-tunée », espacée par la voix fragile de Kacy Hill. De l’autre, une éclaircie fortuite, accompagnée d’un break des plus classiques, dans la longue tradition « rapologique ». Rodeo est un tour de force imparable. Une montée dans Le Bus Magique. La meilleure représentation de ce qui se trame dans la tête d’un gamin de vingt-trois ans

Booba – Nero Nemesis

Alors même qu'il s'active à pérenniser sa domination sur le hip-hop français par le biais de sa plateforme OKLM.com, alors même que certains considèrent que son règne touche à sa fin, le bon roi B2O n'en néglige pas pour autant ses fidèles et fait taire les voix dissidentes par un huitième album - le deuxième de l'année - pour clôturer en beauté 2015. Officiellement prévu pour le 04 décembre, le nouvel opus dont les treize titres assassins sont accessoirement destinés à enterrer pour de bon la carrière de Rohff nous dévoile un Booba sous un nouveau jour.

Sans tourner le dos à l’auto-tune et aux refrains chantés - toutefois présents sur le single « Validée » avec Benash, les titres « Charbon », « Habibi », « 92I Veyron » - il choisit de basculer à nouveau sur une formule qui a fait son succès à l'époque de Ouest Side et Panthéon, la puissance de la trap en plus. Des punchlines tranchantes – « Walabok », « Attila », « Talion », « Zer », « Génération Assassin », « 4G » - un flow virulent et violent, des instrumentales géniales. Nero Nemésis est un album qui se déguste goulûment et dont la cerise sur le gâteau réside dans le titre « 4G », véritable festival de “métagores” comme dirait l'autre. “La piraterie n'est jamais finie”. À 39 ans, Booba semble n'avoir rien perdu de sa verve d'il y a dix ans au grand dam de la concurrence, de “Fred de Sky”, et du handball.

Asap Rocky – At.Long.Last.A$AP

Depuis sa première mixtape et l’effervescence autour de « Purple Swag », la carrière d’A$AP Rocky sent l’or à plein nez, scellée par un deal avec Sony. Alors que tout lui souriait, la belle gueule du rap game aurait pu choisir la facilité, il a préféré emprunter un chemin de traverse. At.Long.Last.A$AP est foncièrement audacieux, de son atmosphère planante, éthérée, à ses influences et productions éclectiques, en passant par ses cinq featurings avec Joe Fox, un musicien de rue croisé sur un trottoir londonien. Le générique jette de la poudre aux yeux, entre Future, M.I.A., Schoolboy Q, Kanye West, Juicy J, UGK, James Fauntleroy, Lil Wayne, Rod Stewart, Miguel, Mark Ronson ou encore Mos Def, mais le emcee ne tombe jamais dans le piège à bangers.

A$AP nous transporte de rythmes mélancoliques (« Canal St », « Excuse me ») en productions massives (« Lord Pretty Flacko Jodye 2 », « Electric Body »), de ballades blues-rock (« Everyday », « Jukebox joints ») en ambiances psychédéliques (« L$D », « Better things »). A.L.L.A émane d’une grâce étrange, tristement sublime, à laquelle la douleur de la perte d’A$AP Yams, l’éminence grise d’A$AP Mob, n’est certainement pas étrangère.

Action Bronson - Mr Wonderful

L’appétit d’Action Bronson est gargantuesque, ses projets boulimiques. Le bonhomme a livré pas moins de dix opus depuis qu’il a raccroché le tablier pour s’emparer du mic en 2011. Il se goinfre de hip-hop jusqu’à s’en bousiller les crocs. Son deuxième album et premier essai en major (Vice/Atlantic Records), Mr Wonderful, est un méli-mélo savoureux de titres puissants et tubesques (« ActinCrazy », « Easy Rider »), de beats chill (« A light in the addict »), jazzy (« Galactic love ») ou soulful (« The Rising »), de vibrations boom-bap (« Terry » ), de vapeurs rock (« Only in America », « Baby Blue ») et de blues rétro-psychédélique (« City Boys Blues »). Le emcee, qui n’a peur de rien, y glisse même un live rock déroutant, purement instrumental (« The Passage : Live From Prague »).

La fine fleur des producteurs - de The Alchemist à Mark Ronson, en passant par Statik Selektah, Party Supplies et Noah « 40 » Shebib - s’est attelée à mitonner cet album trois étoiles. Mr Wonderful exalte la patte unique d’Action, son flow musclé, son écriture léchée, ses punchlines culinaires, son humour potache et ses sonorités à la fois old-school et modernistes. A consommer avec immodération.

R O O K I E S


Post Malone

Tout droit sorti de l'univers de Tumblr, Austin “Post Malone” Post est en passe de marquer le monde hip-hop. Et pour cause, février 2015 marque le début de son combat pour la ceinture avec le titre au quatre vingt millions d'écoutes “White Iverson”. Succès inattendu pour le rappeur qui choisit de ne pas se reposer sur ses lauriers. Après ce hit préliminaire, il poursuit l'enchaînement par un crochet du droit “Too Young”. Enfin, il conclut le combo par un uppercut à la poitrine qui envoie au tapis la concurrence : le récent « Boy Bandz ». Une voix douce, presque suave qui s'accorde à un flow nonchalant et mélodieux pour la forme, pour le fond, un questionnement “matérialiste” sur son avenir – Too Young, What's up –, traduction des préoccupations de sa génération. Le jeune barbu, “grillzé”, originaire de Dallas fait osciller les têtes et se mouvoir les foules des Yard Party sans peine. 2016, espérons-le, lui permettra de faire maturer son talent et d'affirmer pleinement son univers musical. Pour l'heure, il reste un phénomène à suivre de très près.

SCH

Rookie of The Year ? Rien n'est moins sûr en ce qui concerne SCH. Rappeur depuis ses 15 ans, la signature de Def Jam est loin d'être un bleu, en atteste son Skyblog sur lequel il comptabilise déjà deux projets : Les moyens du bord et Revendiquer ma zone. Originaire d'Aubagne, le scélérat s'est imposé cette année comme l'une des figures phares de la nouvelle vague de rappeurs français à l'instar des «que la famille », charos et autres shegueys grâce à sa mixtape A7. Mélange poétique du vécu “street-hardcore” dont il se réclame – « Solides », « Gomorra », « Liquide » – et du goût du luxe qu'il projette dans son phrasé et son style vestimentaire – « Champs-Élysée » –, le tout saupoudré d'oxymores, du type « Pédé, j'suis l'diable avec une auréole », et d'insultes en tout genre... Son style sombre, agressif, sans gêne constitue le charme de sa musique. À chaque titre, SCH exulte et jubile à l'idée de “Quitter l'hexagone, fric pleins les valises” un jour . Tout le bien qu'on lui souhaite en ces temps difficiles.

Kehlani

L’année 2015 se termine en beauté pour la jeune Kehlani. Auteur cette année de l’immanquable mixtape You Should Be Here, la chanteuse/compositrice est alors adoubée par une nomination aux Grammys dans la catégorie album contemporain de l’année. Une consécration qui finit d’ajouter à une liste d’accomplissements artistiques, de sa tournée européenne en passant par sa signature avec le label Atlantic Records. Originaire d’Oakland, c’est là qu’elle commence à se faire un nom, acquérant bientôt l’appuie des têtes d’affiches de la scène locale de Too Short à Keysha Cole. Indéniablement porteuse d’une vision, elle avance étape par étape à un rythme soutenu. En 2016, fini les mixtapes. Son premier album est en préparation.

Walid

« Écrit-il vraiment ses textes ? » À 14 ans, Walid intrigue les internautes, les journalistes mais aussi les autres rappeurs. Sa profession de foi artistique est incarnée par le titre qui l’a fait découvrir au public, « On a peur du ciel». Sur une production de son beatmaker attitré Double X, le Sevranais raconte sa vie de jeune de banlieue avec une justesse foudroyante. C’est cet aspect qu’il a choisi de décliner pour sa première mixtape, La vie en grand, sortie il y a quelques semaines mêlant un égotrip subtil et d’autres titres à thème comme « Roulette russe » ou encore « Des chiffres ». Surfant sur une ambiance musicale à la fois trap et aérienne, tout au long de son projet Walid s’amuse avec les mots, manipule les figures de styles de façon plus que prometteuses. À suivre.

Bryson Tiller

Dès le début de l’année, Bryson Tiller annonçait la couleur avec la sortie attendue de son premier album TRAPSOUL, qu’il distribue et produit en indépendant. L’artiste a su trouver la recette d’un r’n’b efficace, mélodieux, prenant… Son nom est depuis sur toutes les lèvres. De Timbaland à Drake, en passant par Miguel, The Weeknd, Busta Rhymes ou le collectif Soulection, on l’a aussi croisé sur les Snapchat de Kylie Jenner, Rihanna et sur le jet-ski de DJ Khaled. C’est en effet une toute nouvelle vie que mène depuis l’artiste qui loin de se complaire dans son succès, choisit de poursuivre seul son chemin, refusant même une signature chez OVO le label de son idole.

M I X T A P E S


DRAKE - I.Y.R.T.I.T.L

L’opus sorti par surprise et qui déchaina Internet, brisant au passage multitudes de records est à l’image de son auteur : dévastateur. Bien évidemment, lorsque la hype autour du projet retombe, qu’est-ce qu’il nous reste ? Une mixtape cohérente avec des titres calibrés pour faire mouche ( « Know Yourself », « 6 God », « Used To ») mais aussi quelques errances (« Madonna », « Star67 », « Company » ) qui s’expliqueront surtout par un tracklisting un poil trop long et des sujets devenus redondants. Et si la galette peut sembler mal articulée, il s’agit en fait d’une orchestration habile permettant de se rendre compte de l’évolution professionnelle (« Legend ») mais aussi personnelle (« You & The 6 ») de l’artiste avec un petit clin d’oeil (et un gros coup de coude à Tyga) à ses débuts mais aussi sur sa carrière en général avec le très bon « 6PM In New York ». Mis à part ça, Drake propose un des projets les plus solides de 2015.

FUTURE - 56 NIGHTS

56 Nights est une tragédie. Future se noie. Nous nous en amusons. Plus encore, nous nous en délectons. Plus il plonge, plus l’ivresse est grande, pour nous, auditeurs que nous sommes. Ses peines sont nos bonheurs. Nos têtes bougent par pure ignorance, malgré des signes inquiétants « I drink till I pass out, I wake up and drink up again / I pour up again and again ». Pourquoi ? Aucune réponse officielle, seulement des anaphores « I think 56 nights crazy / I think me and Esco crazy / I think me and Young Sco' crazy… », glaciales, impassibles, qui soulignent un mal évident, une obsession criante. Quelques fois, ses mots sont presque inaudibles. Ses « purple, purple » se transforment « purr’, purr’ », comme si la lucidité lui manquait, trop endormi par sa codéine pour prononcer chaque fin de mots. Mais Future continue, continue. Dans cette mécanique capitaliste, Les Temps modernes revisités, il ne pense plus à lui ni à ses déboires. Il produit, produit. Et nous, dansons, dansons.

KEHLANI - YOU SHOULD BE HERE

À tout juste 20 ans la chanteuse originaire d’Oakland réussit à convaincre qu’elle n’est pas une étoile éphémère supplémentaire dans la constellation musicale made in USA. Mieux, à travers la mixtape You Should Be Here et ses 15 pistes, l’artiste nous dévoile un univers intéressant par la diversité des sujets abordés. Si, malgré son jeune âge, la vie ne lui fait aucune concession, Kehlani revient de loin en partageant ses épreuves avec une plume légère mais profonde, supportée par une production musicale de très bonne qualité (les anciens fans de r’n’b peuvent y aller les yeux fermés). Mention spéciale aux morceaux « How That Taste », « Wanted », « Unconditional » et « Bright ». À noter la participation de Chance The Rapper (sur le titre « The Way ») et BJ the Chicago Kid (sur le morceau « Down For You »), deux talents qui sans nul doute seront les fers de lance de l’année 2016

SCH - A7

Il faut bien l'admettre, tout l'univers du rappeur d'Aubagne inspirait il y a peu une sorte d'inquiétude : un flow parfois inintelligible à l'instar de Lacrim, des cheveux lisses comme Anne Hidalgo, un clip dans la cité de Gomorra juste après PNL, et surtout des intonations de "phraseyy" à la Swagg Man. Mais une chose a sublimé ce mélange de l'angoisse : le talent. Car SCH en a. Beaucoup sans doute, l'avenir nous le dira. Sa mixtape A7 est loin de tout, d'un Jul qui a inventé le rap-disco, d'un Booba dominateur, d'un Maître Gims druckerisable. Il lutte, ou danse plutôt, avec ses démons tout le long des 14 titres, dynamisé par son flow abrasif et son lexique de sudiste sale. Les musiques sont dans l'air du temps et parfaitement réalisées par Kore et Katrina Squad. Le projet est donc très brut, l'utilisation de l'auto-tune est machiavélique et ça rappe comme peu se l'autorise de nos jours. On l'attend sur le virage de la nouvelle année avec peut-être un peu plus de nuances pour étoffer son propos, mais l'autoroute A7 est en passe d'aller loin, et de toute façon tout va bien pour lui : "Papa m'reniera jamais/ J'suis ni flic ni PD".

DAVE EAST - HATE ME NOW

Dave East, natif de East Harlem, est tout bonnement le meilleur atout du rap new-yorkais pour 2016. Pendant que les vieilles gloires de la ville sont en plein hangover, il réussit le tour de force d'associer subtilement le rap insalubre traditionnel de la grosse pomme avec des beats plus actuels. Son flow, ciselé et hargneux, moleste chaque auditeur qui passe à portée de calibre. Là ou tant d'autres, et c'est bien leur droit, débordent sur les bacs de la pop dansante ou du r’n’b moelleux, Dave East fait du rap, et ce depuis sa première tape Black Rose en 2014. L'architecture de Hate Me Now, sa mixtape sorti à l'automne, est un amoncellement de morceaux brutaux (« Demons », «No Coachella For Me ») parfumé d'autres saveurs plus polies mais tout aussi réussies (« Bring A Friend », « Numb »). Il est aujourd'hui signé sur le label de Nas, Mass Appeal, et on s'en réjouit.

TOP SONS

Drake - Hotline Bling

« Ever since I left the city, you, you, you »... Drake est fascinant. Son écriture aussi. Le pouvoir magique de tourner des phrases, des titres, en hits, et de nous charmer à coup de ballades. Personne ne lui échappe. Ses refrains résonnent dans nos têtes, vibrent dans les fessiers charnus. On ne peut être indifférent à ses mélodies « You used to call me on my cell phone… Late night when you need my phone… », « Hotline Bling » témoigne de cette force. Parfaitement composé, chaque strophe est mémorisable en une écoute. Parfaitement écrit, le chagrin d’amour, à l’origine singulier, se transforme en récit populaire. Parfaitement interprété, la sensibilité de Drake est palpable sans artifice. Mais c’est surtout une impression d’aisance qui survole le morceau. Une facilité à se connecter aux gens, paraître accessible, proche, et partager ses émotions sans pudeur ni retenue. Drake n’est pas fragile. Drake est un ouragan. Il emporte tout sur son chemin.

Kanye West - All Day

Pour révéler le troisième extrait d’un septième album qui joue les retardataires, Kanye West a vu les choses en grand : une O2 Arena (Londres) bouillonnant pour les Brit Awards 2015, des lance-flammes et la fine fleur du grime encapuchonnée. « All Day » est calibré pour le succès ; Theophilus London, Allan Kingdom et Paul McCartney en guests, Yeezy himself, Puff Daddy, French Montana ou encore Velous aux manettes. Puissant, explosif, il accroche l’oreille et fait mécaniquement hocher les têtes. Une délicieuse mise en bouche. Maintenant tout le monde attend le plas principal qui devrait arriver le 11 février. Patience.



Niska - Psg Freestyle

« Lunettes teintées, phare Xenon, vitres teintées / Bando Bando ». À défaut de n'avoir été conquis instantanément, il est pratiquement impossible que vous n'ayez jamais entendu le désormais incontournable « Matuidi Charo ». Titre vain, sans contenu et à la limite de la parodie diront les puristes, véritable exutoire musical loueront les amateurs... L'hymne au Paris Saint-Germain et à son milieu de terrain, Blaise Matuidi, du rappeur Niska et de ses acolytes Trafiquinté et La B, a propulsé le collectif Negro Deep sur l'agenda du rap français en 2015. Un succès phénoménal - trente-quatre millions de vues - pour un emcee lancé par le titre « Carjack Chiraq » puis confirmé par la mixtape Charo Life, Niska a su imposer son style et surtout ses gimmicks sur la scène rap française.



Kendrick Lamar - King Kunta

« King Kunta » est une élocution royale, celle de Kendrick Lamar, une injonction où chaque vers assène une pique, visible ou subliminale, à ses subalternes (« But a rapper with a ghost writer ? What the fuck happened ? ») ; où les rythmes nous exhortent à nous réconcilier avec nos racines « Parliamentistes » (« We want the funk ») ; où sa majesté manœuvre avec grâce les clins d'œil à ses ascendances. Mais « King Kunta » prend des allures de manifeste. Choisi comme single, et donc, destiné à tourner massivement sur les ondes, ce morceau ambitieux, à contre-courant, enjoué, mais aussi empli de réflexions, aura proposé une suite contemporaine au roman d’Alex Haley, dans lequel un esclave couronné roi, a pris assez d’assurance pour communiquer ses mots, ses couleurs sonores, son énergie, et ce, malgré les attentes et les impératifs marchands. Sa majesté fanfaronne, affranchie de toute contrainte, et nous le dit sans pudeur « bitch, where you when I was walkin' ? ».



Big Sean – Blessing

“Future fait partie inévitablement des artistes qui auront marqué 2014 avec son album, Honest. Cependant un de ses titres en particulier aura fait suer les beaux fessiers du YARD Summer Club, il s'agit de « Move That Dope » produit par l'un de ses beatmakers fétiches Mike Will Made It. Un morceau au refrain entêtant et au casting impressionnant car c'est le lyriciste Pusha-T et l'incontournable Pharrell qui accompagnent Future. D'ailleurs nous vous conseillons fortement de vous réécouter le couplet de Skateboard P dans l'instant.



TOP CLIPS

Alright – Kendrick Lamar

Artiste de l’année, album de l’année et maintenant clip de l’année. Il fallait bien ça pour le natif de Compton qui avec son opus To Pimp A Butterfly a notamment, à sa manière, contribué à sonner l’alarme sur la situation des Noir-Américains aux États-Unis. Un message encore porté par un mouvement social qui ne faiblit pas. Avec la vidéo du titre « Alright », anthem optimiste repris avec justesse et émotion lors d’un rassemblement à l’Université de Cleveland, Kendrick porte l’une des œuvres visuelles les plus marquantes de cette année. Réalisé par Colin Tilley (« Anaconda », « These Walls » …), « Alright » met en scène la violence et les abus de la police, apportant une touche onirique à un monde qui a tout d’une dystopie et dont l’issue sera tragique.

Borders – M.I.A

L’immigration a été l’un des sujets les plus médiatisés, politisés et débattus de cette année 2015. Pourtant artistiquement, les voix se font discrètes… En fin d’année M.I.A, pourtant très calme jusqu’ici, déboule avec un tout nouveau clip. Dans « Borders », elle retrace la difficulté du périple des immigrés : entre marche périlleuse, traversée inhumaine et frontière hostile. L’artiste se met en avant dans ce clip, laissant dans l’ombre par différents procédés toute cette marée humaine, comme pour signifier la représentation médiatique d’une immigration déshumanisée aux yeux de certains journalistes, politiques, éditorialistes.

Stromae – Quand c’est

Son premier succès international, il l’a connu avec « Alors on danse », titre faussement festif et carrément déprimant. Aujourd’hui, le Belge est indéniablement passé dans d’autres sphères tout en conservant et en améliorant même son talent pour la narration, le conte noir et le jeu de mots bien trouvé. Et dans cette logique artistique, la vidéo n’échappe pas à la règle et l’artiste donne aussi toute sa force à une image, à un personnage et à la mise en scène qui chaque fois saisit et marque le public. Son coup de maître en 2015, l’incarnation qu’il fait du monstre qu’est le cancer, cette ombre envahissante et toxique.

Action Bronson - Actin Crazy

Action Bronson rêve de cinéma. Ses clips, presque toujours hallucinés, sont un prétexte pour jouer la comédie. Pour le remuant « Actin Crazy », le rouquin s’improvise acteur de seconde zone en prenant les manettes d’engins fantasques, sur l’eau ou dans les airs, en dunkant au-dessus des nuages, dans la foulée d’un un contre un avec un dinosaure, ou en pompant le grand écart de Van Damme, en équilibre sur deux rochers ; le tout sur fond vert, maquillé par des effets spéciaux grossiers, et entre deux bouchées de céréales. Le génie flegmatique

A$AP Rocky - LSD

A$AP Rocky a tranquillement fait son chemin tout au long de l’année 2015 : entre le cinéma (DOPE) et les multiples fashion week autour du monde, il s’est bien entendu assuré de commencer l’année avec un album attendu, aux accents rocks 70’s nébuleux, lunaire à l’image du titre « L$D ». Inévitablement le réalisateur Dexter Navy et A$AP Rocky nous plongent dans un trip tokyoïte inspiré d’Enter the Void de Gaspar Noé. Des images floues et saturées, des trous noirs et des réveils confus qui ne font que renforcer ce riff de guitare brumeux.

TOP FILMS

Star Wars VII

Sicario

Strictly Criminal

Amy

NWA : Straight Outta Compton

TOP SERIES

Narcos

Des grands hommes ont marqué l'Histoire, Pablo Emilio Escobar Gaviria est de ceux qu'on ne présente plus. Éminent bandit, leader de cartel et ennemi public de renommé mondiale, la postérité l'a quasiment propulsé au rang de héros de la rue. Quoi de plus normal que la série qui lui est consacrée connaisse un engouement à la hauteur de sa popularité. Réalisée par José Padilha, elle se déroule naturellement en Colombie et met en scène différents bras de fer dans un contexte de guerre froide. Bras de fer qui tend à la guérillas entre les narcotrafiquants colombiens, dont Pablo Escobar et Gustavo Gaviria sont à la tête, et les corps de police sensés les arrêter ; puis bras de fer entre les “ripoux” et les incorruptibles ; et encore bras de fer entre les gouvernements communistes et les capitalistes guidés par les USA... Chaque épisode est une épreuve de force dont le spectateur ne sort pas indemne. Mention spéciale à l'acteur Wagner Moura qui a su incarner avec brio le baron de la drogue, révélant sa complexité tout au long de la saison 1. Un final sinistre de ce premier arc, par lequel Netflix nous promet une chose : Narcos, bientôt de retour pour une saison 2.

Daredevil

En 2003 sortait la première adaptation cinématographique de Daredevil, à l’époque interprétée par Ben Affleck. Depuis cette version mitigée, insipide et largement critiquée, de l’eau a coulé sous les ponts. Aujourd’hui, Ben Affleck qu’on n’imaginait plus jamais porter un costume de super-héros, succèdera à Christian Bale dans la peau de Batman et Daredevil a repris vie avec l’acteur Charlie Cox, sous la forme d’une série télé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Netflix ne s’est pas trompé en reprenant la franchise dédiée à l’avocat aveugle de Hell’s Kitchen. Acclamé pour l’ultra réalisme de ces scènes d’action, l’acting « on point » des acteurs (mention spéciale à Wilson Fisk, joliment interprété par Vincent D’onofrio) et l’atmosphère sombre de la série, le Daredevil nouveau est sans contestation l’une des réussites de cette année et la meilleure série consacrée aux super-héros jamais réalisée. On attend la suite avec impatience

Empire

Nouvelle venue dans le paysage télévisuel, Empire a débarqué à grands fracas. Dès ses premières diffusions, la série affole tellement les audiences qu’elle est renouvelée pour une seconde saison après seulement deux épisodes. Un « Amour, Gloire et Beauté » sauce hip-hop. Une bande originale accrocheuse et efficace. Des guests trois étoiles (Naomi Campbell, Courtney Love, Jennifer Hudson, Snoop Dogg, Kelly Rowland …). De grosses ficelles mais un feuilleton haletant. On se délecte des joies, des amours, des magouilles, des affres et des mésaventures de Lucious, ancien rappeur-star reconverti en producteur à succès mais atteint d’une maladie incurable, de ses trois fils, Andre, le businessman bipolaire, Jamal, le chanteur r’n’b gay, et Hakeem, l’apprenti emcee, et de leur mère, l’excessive et explosive Cookie, starlette incontestable du show. Après s’être taillé une place au soleil, le soap opera semble être paré à empiler les saisons..

Versailles

Chaque amateur de série télévisée est bien conscient de l’écrasante suprématie des Américains en ce qui concerne ce format si populaire au sein de notre génération. L’appréhension d’une série française ne peut donc se détacher d’une certaine forme de crainte. Les plus brillantes sont souvent à l’initiative de Canal + qui a pour celle-ci décidé de battre tous les records de budget. L’argent c’est bien, la qualité c’est mieux. Les deux éléments semblent se rejoindre pour raconter l’histoire de l’ascension du Roi Soleil. Des magnifiques décors et costumes, une mise en scène à la hauteur de l’ambition mythique du personnage principal et une intrigue qui fera peut-être arracher quelques cheveux des professeurs d’Histoire mais hérisser les poils des fans de Game Of Thrones.

Jessica Jones

Deuxième série Marvel développé par Netflix, Jessica Jones est aussi une belle réussite. Reprenant l’histoire d’un personnage alors peu connu, la scénariste Melissa Rosenberg réussit à construire un univers adulte, à l’ambiance sombre, anxiogène. Le personnage Jessica Jones, interprété par Krysten Ritter, incarnation vivante du cynisme est une ancienne super-héroïne devenue détective privée. Solitaire, elle traîne derrière elle les marques de l’emprise des pouvoirs hypnotiques du vilain Killgrave. Haletante et angoissante une fois passé le premier épisode, cette série sait vous tenir en haleine et se regarde presque d’une traite. Encore en pleine promotion de la saison 1, Netflix n’a pour l’instant pas annoncé de suite. Mais il ne fait aucun doute qu’elle devrait nous attendre cette année.

TOP SNEAKERS

Yeezy Boost 350

Une tradition. On commencerait presque à s’ennuyer sans une création du rappeur devenu styliste dans les classements top sneakers. L’année 2015 a été celle de Kanye et par extension celle de la marque aux trois bandes. Nous aurions pu tout autant mettre à cette place la Yeezy 750, mais le choix de la chaussure basse s’impose par sa capacité à plaire au grand public. Déjà sortie en quatre coloris en quelques mois, la Yeezy Boost a créé un véritable cataclysme sneakorologique cette année.

Creepers Puma Fenty by Rihanna

Si Kanye est parvenu à retourner un nombre incroyable d’inconditionnels de Nike vers Adidas avec les Yeezy, Rihanna n’est pas en reste puisqu’elle a de son côté réussi le triple exploit de relancer la chaussure creepers, de la métamorphoser en sneakers, et surtout de la rendre masculine avec une ligne homme représentée par Travis Scott. Grâce à son égérie féminine, Puma s’offre un peu de gloire dans une année où elle aura surtout brillé grâce à ses collaborations.

Air Jordan 1 Shattered Backboard

Chicago I, PSNY XII, Supreme V, Pinnacle I… Nombreuses sont les Air Jordan a avoir marqué de belle manière cette année 2015. Néanmoins, la Shattered Backboard est peut-être celle qui aura posé la plus grosse empreinte sur cette promotion. Ce coloris original orange, noir et blanc inspiré de la tenue de Jordan lors d’un match d’exhibition en Italie ou The Airness a cassé un panier suite à un dunk (d’où le nom Shattered Backboard), vient d’être identifié comme la deuxième paire de sneakers la plus likée sur Instagram en 2015.

Nike Air Max 1 SP "Monotone" Pack

« Less Is More ». Prenez un modèle iconique, construisez le grâce a des matériaux premium, teintez-le d’une seule et même couleur (noire, olive ou beige), et ajoutez un jeu de différents patchs et vous obtenez le pack ‘Monotone’, qui revisite simplement et efficacement la Air Max, qui n’en est pourtant pas à sa première du genre.

Wale X Asics Gel Lyte III x Villa

Passée presque inaperçue dans les innombrables sorties hebdomadaires, malgré tout, cette association reste une franche réussite. Belle création de la part de Wale, le plus gros sneaker addict du rap game depuis plusieurs années, qui reprend le classique de la marque Asics pour célébrer l’Independance Day et le rêve américain. Basée sur une construction en suede et un jeu de couleurs asymétrique bien maîtrisé, à défaut d’avoir affolé les compteurs – Instagram ou monétaires – elle aura eu le mérite de donner un aspect nouveau à la Gel Lyte III.

KFT [Kel Fin Terrible]

Le KO dramatique de Ronda Rousey

"Talk is cheap". 2015 nous l'aura appris au dépend de Ronda "Rowdy" Rousey. Si l'année avait bien débuté pour l'ex-championne des poids coqs d'Ultimate Fighting Championship, invaincue après douze combats, elle se termine tragiquement par une défaite par KO couplée d'une fracture du nez. Arrogante, malicieuse, confiante et survoltée après son incroyable victoire par KO en trente-quatre secondes face à la brésilienne Bethe Correia, l'Américaine, experte en trash-talk et en coup de genou, s'imaginait déjà reine de l'UFC féminin. Inatteignable, elle observerait le game de haut, distribuant tour à tour mandales dévastatrices pour rappeler au petit peuple qui contrôle la zone, et piques verbaux pour pimenter la compétition. Un destin similaire à celui du boxeur Floyd "Money" Mayweather, invaincu en quarante-neuf combats, qu'elle n'a pas hésité à titiller plusieurs fois, allant jusqu'à affirmer qu'elle sortirait victorieuse d'un combat contre lui. Un peu trop bavarde, elle s'est vite faite corriger par une adversaire au curriculum vitae tout aussi impressionnant. Holly Holm, ancienne championne de kickboxing et de boxe anglaise, a stoppé net les rêves de gloires de "Rowdy" par un enchaînement qui l'envoie au tapis au second round, la privant de son titre par la même occasion. Cela dit, bien plus que la défaite, la douleur physique et la saveur de son sang, c'est probablement le festival médiatique – moqueries généralisées et cinglantes sur Twitter et Instagram – dont elle a fait l'objet qui lui laissera le goût le plus amer. "Ah non, c'est terrible !".

La chute virale de Boateng face à Messi

Dans le monde du sport et plus particulièrement du football, il est souvent coutume de dire que l’on reconnaît les grands joueurs à leur faculté de s’illustrer lors des grands rendez-vous. Sauf dans le cas de Jérôme Boateng, qui s’est réellement illustré au cours d’une demi-finale de Ligue des Champions mais pas de la meilleure des manières. Alors que son Bayern est parvenu à tenir tête au rouleau compresseur barcelonnais pendant plus d’une heure de jeu, la 80ème minute va constituer un tournant décisif dans cette rencontre. Quelques instants après avoir ouvert le score, Messi revient se dresser face à Boateng, qu’il balade d’un crochet déroutant avant d’y aller de son piqué sur Neuer. 2-0 le match est plié. Suarez viendra finalement corser une addition que Boateng paiera sévèrement, puisque les réseaux sociaux s’en donnent déjà à cœur joie sur la chute du défenseur allemand, qui fait immédiatement l’objet de montages plus farfelus les uns que les autres.

Shy’m crowd suicide

Dans un climat sombre post 13 novembre, Shy’m nous a apporté du baume au cœur et un beau fou rire le soir du premier de ses deux concerts à Bercy logiquement peu remplis. Loin d’être démotivée par la foule disparate, la belle chanteuse s’est essayée à la dangereuse pratique du crowdsurfing. Mauvaise appréciation, peur du public ou poids de la chanteuse, la tentative finit au sol, et le malaise s’agrandit à mesure que le public tarde à relever Tamara… À force de parodies et d’une moquerie généralisée, la chanteuse s’est même vue raillée par la télévision américaine. Loin de se décontenancer devant cette péripétie, elle réagit avec humour sur son Instagram le lendemain : « À ce soir Bercy, aussi fou qu'hier, aussi libre, aussi vivant. Et juste un petit beaubeau au collant... » (sic) Dans cette histoire, on retiendra quand même le courage de la chanteuse, qui n’hésitera pas à retenter le coup le lendemain, cette fois avec succès.

Le Kylie Jenner Challenge

Il ne s’agit pas d’un scoop d’affirmer le net grouille de concepts incongrus. Depuis le Ice Bucket Challenge, jeu auxquelles de nombreuses personnalités s’étaient prêtées, il n’est pas rare de voir les internautes se lancer des défis allant de l’absurde au carrément dangereux. Au cours de l’année 2015, de simples hashtags ont notamment poussé des gens à se filmer en train de s’enduire le corps de substances inflammables avant d’y mettre feu ou en train de lécher goulûment des bananes. Ce qui nous amène au tristement célèbre #KylieJennerChallenge, dont le but était de reproduire les lèvres pulpeuses de la sulfureuse sœur de Kim Kardashian en laissant reposer sa bouche dans le goulot d’une bouteille. Les internautes, souvent amusés, postaient alors le résultat de leur petite expérience sur les réseaux sociaux. Seulement l’allégresse a vite laissé place à l’inquiétude quand, quelques jours plus tard, des personnes sont venus poster les conséquences de leur jeu dangereux, entre lèvres fendues et hématomes tout autour de la bouche. Voyant les risques entrepris, l’intéressée a alors pris la parole pour inciter les jeunes à « rester eux-mêmes ». Un peu tard.

Benzema out de l’équipe de France

« Aujourd’hui Benzema n’est plus sélectionnable. » La présomption d’innocence, ça ne dure qu’un temps. Le couperet est tombé le 10 décembre de la bouche du président de la FFF, Noël Le Graet. C'est dit, le joueur du Real Madrid ne pourra plus porter le maillot de l’équipe de France jusqu'à la résolution de l’affaire. C’est au moment de résumer cette affaire que le KFT prend tout son sens. Mis en examen depuis le 5 novembre pour «complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs», le Benz est accusé d'avoir joué les intermédiaires dans une troublante affaire d'extorsion d'argent envers un coéquipier. Tout ça, pour une histoire de ticket. Le plus ridicule dans tout ça est le dérisoire bénéfice qu'aurait touché l'attaquant pour cette manœuvre machiavélique. Dans ce feuilleton, Karim nous aura démontré son intelligence de jeu et sa science du verbe, parfaitement symbolisée par cette maxime marquante : « Faut que tu vas voir le mec. »