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Interview

il y a 3 mois

Wil Aime : ne l’appelez surtout pas humoriste !

Faire rire est une tâche ardue. Certains se disent « humoriste » mais n’y arriveront vraiment jamais de leur vie. D’autres refusent catégoriquement cette étiquette, mais sont devenus maitres dans l’art de se mettre en scène dans des situations rocambolesques qui deviennent hilarantes pour beaucoup. Wil Aime est de la seconde catégorie. Il n’y a qu’a regarder quelques unes de ses vidéos pour s’imprégner du style à part du natif des Hauts-de-Seine : des réalisations poussées où l’écriture et la mise en scène ont autant d’importance que l’acting, le tout au service d’un humour subtil ou le rire n’est pas (plus) la seule issue.    

Malgré son omniprésence dans les médias, on trouve assez vite des choses à demander à celui qui a commencé à se mettre en scène par ennui en trouvant du Wi-fi sur une plage de Guadeloupe en 2014. Quelques années plus tard, c’est 2Chainz qui reprend le matin de notre entretien un meme issu d’une de ses vidéos. Signe de son internationalité (plus de 43 millions de vues pour sa vidéo « La Friendzone »), il sous-titre désormais toutes ses réalisations. Point de syndrome de la grosse tête pour autant, Wil Aime reste Wilhem : ce perfectionniste fana de mathématiques et de philosophie capable de citer Friedrich Nietzsche, qui tourne à l’iPhone et souhaite devenir actuaire car il a vu cet intitulé deux années de suite en tête des meilleurs métiers du monde. Avant que le cinéma ne toque à sa porte pour en décider autrement ? Time will tell. Now it’s time for Wilhem.

Photos : @Terencebk

 

 

Comment expliques-tu que ton succès soit si foudroyant ?

Je ne me l’explique pas. Il y a des choses qui marchent, je le sais. J’ai toujours essayé de ne pas me répéter, j’essaye de faire quelque chose de différent et de jamais vu. À chaque fois que je poste une vidéo, je le fais car je la kiffe mais je ne pense pas forcément qu’elle va péter. Et souvent je me trompe…

 

Tu as souvent raconté l’histoire de ton premier post, mais qu’est-ce qui t’a poussé à continuer ensuite ?

Au départ je ne voyais même pas que ça fonctionnait. C’était simplement pour l’amusement, le fun du format Vine. Aujourd’hui ce n’est plus du tout ce que je fais, maintenant je travaille le format et je l’écris. Ce que je ne faisais pas auparavant. La motivation, le but et l’esprit ont changé. Maintenant je ne fais même plus de comédie. Quand je sors une vidéo ce n’est plus pour me faire rire moi ou les autres, mais pour construire un univers.

 

Un univers que tu bosses mine de rien depuis 2014. À l’époque où tu le fais, c’est juste un délire, tu ne te dis pas qu’en 2017 tu y seras encore ?

C’est vraiment un délire au début. C’est comme trouver un ballon de basket et commencer à faire des paniers. Tu ne t’imagines pas plus tard terminer en NBA, tu le fais simplement car ça t’amuse. Je ne dis pas que je vais terminer en NBA [rires, ndlr], mais qu’au début tu ne le fais que par amusement, sans compétition. C’était un amusement, c’est devenu une passion, mais ce n’est pas encore un métier.

 

Tu sous-titres tes vidéos depuis quelques temps, t’as une vraie ambition internationale on dirait ?

Je n’imaginais pas qu’un truc français fasse le tour du monde. C’est en voyant les messages privés de non-francophones me harcelant pour sous-titrer que j’ai décidé de le faire. Je n’avais jamais visé ça car pour moi c’était inespéré. Aujourd’hui c’est un peu devenu un défi. J’aimerais bien qu’une vidéo entièrement en français puisse impacter le monde entier.

 

 

 

Justement le texte est très important dans tes vidéos, est-ce que tu ne penses pas que ça pourrait être un handicap, un frein dans ta « conquête du monde » ?

À la base, c’est ce que tout le monde pensait. Des sociétés spécialisées dans le marketing me disaient que c’était impossible et qu’il fallait que ce soit muet et rapide pour marcher dans le monde. Ma démarche c’est de faire des choses qui me font kiffer et pas forcément qui vont marcher, et donc j’ai tenté quelque chose de long – cinq minutes – avec du texte parce que j’ai envie d’écrire et d’aller en profondeur. Et au final ça a marché, les gens ont eu la patience de prendre ces cinq minutes.

 

Aujourd’hui quand tu as une idée de scénario, comment se passe le processus de création, de l’idée au moment du post ?

Je peux te dire comment j’ai bossé pour ma prochaine vidéo. Bon, je commence maintenant à avoir de plus plus de pression [rires]. Mais c’est plus moi qui me met cette pression, du coup j’essaie d’être plus structuré, d’entrer dans les profondeurs et des endroits où je ne vais pas pour mieux analyser mes points faibles. Généralement, je n’écris pas avant d’avoir toute l’idée dans la tête, comme ça en écrivant je peux ajouter de petits détails. Pour celle-là j’ai commencé à faire des croquis sur le tableau, j’ai essayé de mettre tout en forme avec des schémas, mettre sur papier, organiser le tournage et tourner, en essayant de s’en tenir au papier et être pointilleux. Si je suis sérieux, l’écriture me prend une à deux heures, le tournage sur la dernière m’a pris deux après-midis, et le montage cela dépend, ça peut-être une ou deux nuits.

 

Tu tournes tes vidéos à l’iPhone car c’est ta marque de fabrique et tu dis aussi que tes vidéos ne méritent pas encore autre chose que ce médium. À quel moment tu te sentiras prêt à passer à du court métrage ?

En soi j’aurais pu le faire depuis longtemps, mais j’essaye de ne pas brûler les étapes. J’essaie de construire quelque chose, mais je ne pourrais pas faire les deux en même temps. Je dis ça par hasard, mais si je fais un film pour Netflix ou que j’arrive autre part, j’arrêterai les vidéos Facebook. Quand je ferai ma dernière vidéo, je l’annoncerai. Mais je pense que je suis prêt.

 

Comment tu juges le potentiel d’une idée de départ avant de la concrétiser en une vidéo ?

Ce qui m’inspire c’est ma vie ou ce que je vis indirectement par le biais de mes proches. Un peu comme un rappeur. Et ce sont des choses qui me « perturbent » assez pour être écrites. En soi, ce sont des choses assez anodines, comme la Friendzone, mais tout bien réfléchi ce n’est pas quelque chose d’anodin. La Friendzone est une souffrance réelle, il y a des dépressions qui démarrent de là. C’est une souffrance réelle, que je trouvais intéressant de soulever de façon réelle et quasi théorique, en apportant un message.

J’ai commencé à écrire la Friendzone il y a environ un an. Et à ce moment-là j’ai écrit tout le début jusqu’à « la friendzone n’existe pas. » Je pouvais continuer ensuite, mais je n’arrivais pas à avancer car je ne croyais pas à ma thèse. Ce n’est que récemment, quand mon pote s’est fait friendzoner, où j’ai été dans la peau du professeur. De là, ça a coulé. Il me suffisait juste de jouer le professeur et mon pote dans la vidéo. Tout ce que j’ai écrit récemment se fait dans cette dualité.

 

 

Ta force est aussi dans une dualité : une mise en scène supérieure à ce qui se fait dans le genre, et la non-recherche du rire systématique dans tes vidéos, qui n’est pas la seule issue.

En fait, je ne cherche jamais le rire. Il y a certes des choses qui font sourire, mais je ne le cherche pas. Dans ma vidéo pour Théo (Les Liens du Sang) je voulais imager le fait que sans justice vient le chaos, donc c’était particulier et je voulais créer une situation inconfortable. Dans « L’art de la tromperie », à aucun moment je ne cherche le rire. C’est ma vidéo préférée, j’ai aimé l’écrire et la réaliser car c’est un sujet qui m’a torturé pendant plusieurs années. Pas l’infidélité mais la tromperie. Le fait de se créer un masque. Si tu prends juste la voix off, et que t’enlèves le mot infidélité, ça ne parle pas de ça, ni de relations homme-femme.

 

On a l’impression quand on voit tes vidéos d’être en face d’un sériephile et cinéphile absolu, ou du moins averti. Est-ce que c’est le cas ?

Absolument pas. Peu de gens savent, mais non. Depuis que j’ai treize ans, quand je me pose devant la télé, c’est pour regarder Les Simpsons ou Phineas et Ferb ou encore Gumball. On me parle de Sherlock Holmes, d’Usual Suspects, mais Gumball m’a plus inspiré que tout ça. Je n’ai jamais vu Usual Suspects. J’aime le côté léger et coloré des dessins animés. À l’époque je ne touchais pas à la télécommande, c’était l’affaire de ma mère et de ma sœur, du coup j’ai vu Charmed, Desperate Housewives, Prison Break. Buffy également. Je l’ai revu d’ailleurs il y a peu et je trouve que c’est une série très philosophique. Mais je ne suis aucune série, ni House Of Cards, ni The Walking Dead, et je ne vais au cinéma que depuis peu, donc je n’ai commencé à voir les classiques que très récemment. En ce moment beaucoup de producteurs me parlent, et me posent des questions comme « qu’est-ce que t’as pensé de ça dans Le Parrain ? » Je n’ai jamais vu Le Parrain ! Les séries, j’essaye mais je ne suis pas quelqu’un d’addict, j’ai du mal à développer une addiction. Je vais regarder le premier épisode puis le second, je vais comprendre le concept et je peux arrêter ensuite. On me dit souvent que mes vidéos ressemblent à Sherlock Holmes [la version de Guy Ritchie] et Usual Suspects, mais je ne les ai jamais vus. Je connais le twist parce que ma mère, le soir, ne me lisait pas d’histoire comme Les Trois Petits Cochons, mais me racontait des films. Elle m’a raconté aussi Matrix, notamment le concept de pilule rouge et pilule bleue, ce qui m’aidait à mieux comprendre étant plus jeune. Aujourd’hui quand j’écris un scénario après avoir vu un film, je ne suis pas forcément inspiré mais j’ai l’ambiance de l’œuvre. Par exemple quand j’ai sorti « Les liens du Sang » sur l’affaire Théo, je venais de regarder toute l’œuvre de Death Note, qu’on m’avait conseillée. Le principe du tueur sanguinaire et de l’horloge viennent de là. Dans « La Friendzone », on me dit que je me suis inspiré de Docteur House, mais en fait je me suis inspiré du personnage de Maugrey Fol Œil dans Harry Potter. Mais non, je ne regarde pas la télé, et je ne vais au ciné que depuis que j’ai l’âge de le payer.

 

 

Est-ce que tu es quand même capable de donner un Top 3 de tes films favoris ? On sait que Will Smith est une figure importante pour toi.

Récemment, plus Denzel Washington. J’adore Training Day, et Equalizer. Ce que je peux reprocher à Will Smith souvent, c’est que tout est rose et il est parfaitement gentil. Il en devient assez prévisible par cela, alors que Denzel n’est pas gentil, mais il n’est pas méchant non plus. Dans Equalizer, même s’il vient en aide à la prostituée, il prend du plaisir à voir son ennemi se vider de son sang et mourir. J’aime ce côté là.

Pour mon top 3, ceux des films qui ont changé ma vie, il y a Forrest Gump, Matrix, 300 aussi. Dans Matrix j’aime tout. J’aime les différents degrés de lecture, qui sont presque infinis. J’aime les personnages, le fait qu’il y ait beaucoup de noirs dans le deuxième et l’image qu’ils ont voulu créer avec l’Afrique, j’aime le texte de Matrix, j’aime le méchant, l’Agent Smith ! C’est un film très philosophique et mathématique, et j’aime ce principe là. J’aime la fin de 300 et que Léonidas, sur le point de mourir et de perdre la guerre, se lève pour crier son amour à sa femme, sa reine. Ils font tout un film sur la testostérone et la virilité alors qu’à la fin, la seule chose qui compte c’est l’amour. Je suis peut-être un romantique mais j’aime ce côté là. [rires]

 

 

Tu parles beaucoup de ta mère dans chaque interview. Plus que le côté maternel et nourrissant, on a l’impression qu’elle est présente dans tous les pans de ta vie.

Pour commencer, je dirais qu’elle aurait pu être quelqu’un que j’aurai apprécié si elle n’avait pas été ma mère, j’en suis sûr. Ma mère est extraordinaire, j’ai une confiance aveugle en elle. Même si parfois sur le moment je pense qu’elle a tort, je me rends compte ensuite qu’elle a toujours raison. Ensuite il y a le côté « redevable ». Ma mère a fait beaucoup de sacrifices, on connaît la rengaine : famille monoparentale, soucis d’argent, banlieue. Ma mère aurait pu me dire d’aller jouer au foot dans le stade le mercredi après-midi. Mais non, elle m’a mis à la guitare classique, à l’art dramatique au conservatoire, au tennis car elle savait que je ne côtoierai pas les dealers du coin. J’ai fait du solfège, dans un coin assez huppé, dans un conservatoire réputé. Elle s’est sacrifiée, préférait manger des pâtes et que ses enfants fassent de l’artistique. Ce qui allait nous élever plutôt que d’avoir des « bons » repas et qu’on fasse du foot comme tout le monde. Je lui suis très redevable pour tout ça.

 

Comment elle vit ton succès aujourd’hui ? Plutôt à t’encourager sans faille ou à te tempérer et te remettre les pieds sur terre ?

Elle a toujours su que j’allais réussir d’une manière ou d’une autre. Elle a la tête très froide. J’ai moi-même la tête froide, mais elle l’a encore plus. Si je lui dis que tel producteur français veut de moi dans un film, alors que je ne saute pas de joie tant que rien n’est fait, elle va me dire « Pfff, mouais… Tant que ce n’est pas Luc Besson… » Et le jour où ce sera Luc Besson qui m’appellera, elle me dira « Ouais mais si y’a pas Denzel Washington dedans, ça ne m’impressionne pas ! » Mais c’est une grande fan, elle regarde toutes mes vidéos et les commentaires. Elle a une bonne vision, ce qui en fait une très bonne conseillère. Elle a aussi un peu peur pour moi je pense, mais elle a conscience que c’est une passion et a confiance en moi.

 

 

On remarque une vraie évolution depuis tes débuts sur tes vidéos, autant sur le fond que sur la forme. Ça été une succession de mises au point ou une trajectoire naturelle ?

Je vois rarement les choses vidéo par vidéo, je vois œuvre par œuvre. J’aime beaucoup changer de style, mais j’essaye de garder une certaine cohérence, un fil artistique pour comprendre l’œuvre globale. Maintenant je suis obligé de rajouter du temps dans la vidéo pour développer une idée précise. Je ne pouvais plus aller en profondeur sans ajouter du temps. Ensuite au niveau du fond, je pense que c’est parce que je change aussi. Je vois les choses différemment d’il y a quatre ou trois ans. Les vidéos me font évoluer, j’évolue, ce qui fait que mes vidéos évoluent aussi.

 

Est-ce que tu as l’impression de participer à un renouveau de la comédie virale, ou plus généralement de l’humour en France, voire de créer un nouveau courant ?

Je l’espère. Sur Internet je vois beaucoup de vidéos qui s’inspirent et qui reprennent un peu mes codes, et ça fait super plaisir. Dans la comédie française, j’espère aussi, car il manque des choses. Même si je ne suis pas cinéphile et que je ne connais pas les producteurs et les metteurs en scène, je suis certain qu’il manque des choses, qu’un film comme Equalizer ou Training Day n’existe pas en France. Ils parlent de budget mais c’est plus une histoire d’écriture. Quand j’avais sept ans, je ne regardais pas de film français en me disant « je veux être ce gars. » Il manque ce genre de films. J’espère que ça changera, même si ce n’est pas forcément grâce à moi.

 

J’ai aussi l’impression que tu veux faire tomber le mythe du comédien bouffon.

Oui, je n’aime pas ce côté. Surtout en France, car aux Etats-Unis il y en a beaucoup, mais il y a autre chose aussi ! Je pense même que s’il y avait d’autres styles en France, je serais resté un bouffon ! [rires] Mais on peut faire autre chose ! Au début, certains me trouvaient arrogant, – majoritairement des racistes [rires] -, ils étaient un peu choqués qu’à la fin je ne fasse pas de grimaces ou que je ne pleure pas. Dès que j’ai compris que certaines de mes vidéos faisaient dans l’humour communautaire, j’ai tout de suite arrêté. Je pense qu’il n’y a pas besoin de ça.

 


«Humoriste, c’est pas du tout ce que je fais, c’est quelqu’un qui veut faire rire, c’est sa fonction première. À aucun moment je ne suis là-dedans.»


 

Tu n’aimes pas l’appellation « humoriste », à juste titre. Comment tu te définis alors ?

En soi, j’utilise l’iPhone, et mes formats ne passent pas à Cannes, mais je réalise, j’écris et je joue, donc voilà. Mais j’aimerais bien être un artiste et être considéré comme tel, car j’essaie d’avoir ce processus là. Je n’aimerais pas qu’on me dise humoriste. Humoriste, c’est pas du tout ce que je fais, c’est quelqu’un qui veut faire rire, c’est sa fonction première. À aucun moment je ne suis là-dedans. Mon but ultime, c’est que les gens voient mes vidéos comme un couloir de musée : ils ont un premier sentiment en regardant un tableau, puis un autre dans le second, en essayant d’analyser la pensée du peintre, le message etc… J’aimerais arriver à ce moment où les gens ne cliqueront plus pour rire, mais pour regarder.

 

Tu as déclaré qu’on manquait de perfectionnisme en France, tu visais l’industrie du ciné ?

J’ai dit ça !? [rires] Je ne suis pas cinéphile, je n’ai pas fait d’école de ciné etc. Mais je pense qu’il y a des films qui se répètent en fait. Quand tu vois le même film cinq fois … J’ai l’impression que les réalisateurs français font des films pour se faire kiffer eux. Ils sont peut-être moins dans le divertissement en France, mais il y a peu de films qui me font rêver. Il y a aussi beaucoup de gens, qui jouent des gens, qui jouent des gens. Au lieu de juste jouer. C’est dommage.

 

Qu’est-ce que tu penses de la représentation des minorités dans le cinéma français ?

Pour la minorité arabe, ça s’améliore. Il y a des réalisateurs, des films, même des Césars, ça s’améliore. Noire ! Noire ! [il adopte une voix aiguë] Ça prend du temps même s’il y a Omar Sy, qui est une figure incontournable, faut l’avouer. Et c’est cool pour la communauté noire. Après je pense qu’il y a trop de « rôles de Noirs. » Jouer un Noir c’est quoi ? Jouer un sans-papiers ou une racaille. Les Noirs jouent des Noirs au lieu de jouer des gens. J’ai rarement vu un film français où le premier rôle, celui d’un avocat par exemple, est joué par un Noir . Et où on ne l’a pas pris parce qu’il était sans-papiers ou racaille mais parce qu’il était bon ! Peu d’enfants et d’ados vont au cinéma et y voient un avocat Noir et sortiront de la salle en se disant qu’ils seront avocat plus tard. Donc on est dans un cercle vicieux, les Noirs de quartier ou d’ailleurs ne se voient pas avocat car ils n’ont pas cette représentation, même au cinéma, qui est par principe basé sur l’imagination. C’est ce que j’essaye d’instaurer dans mes vidéos. C’est pour ça que les vidéos communautaires où on rigole et où on se moque de nous-mêmes, c’est marrant, car je pense qu’on peut rire de tout, mais ça dessert. Il faut autre chose. Et je suis certain que si j’y arrive dans ce métier, je garderai cet état d’esprit. Car je suis certain, qu’il y a des acteurs français Noirs qui avaient cet état d’esprit avant, mais ont perdu pied en voyant qu’il y avait peu de rôles, qu’il fallait se serrer la ceinture… Je le sais car on m’a déjà proposé des rôles au cinéma, avec des grosses sommes à six chiffres. Et je refuserai encore, j’en suis certain.

 

Quelle sont pour toi les limites que l’on doit poser dans la comédie ?

Je pense que si je reçois des plaintes de gens qui me disent être blessés par une de mes vidéos, je freinerai. Parce que je ne fais pas ça pour blesser. Et j’ai du mal à comprendre les humoristes ou autres médias satiriques qui aiment qu’on les insulte. Si je suis à la place de ceux-là, je recule. Parce que je ne suis pas là pour ça, je suis là pour faire kiffer. Mais il faut que la réclamation ait un but. Ma vidéo sur l’affaire Théo, il y en a certains qui m’ont dit que ça les avait blessés, sans dire pourquoi. Qu’est-ce qui t’a blessé ? « Apologie de la violence, appel à tuer des policiers… » Non, ce n’est pas ce que je veux dire ! Justement le gars tue la psy, et le mec est fou, il ne se fait pas justice. « Oui mais tu aurais pu le faire autrement… » En fait ça ne t’a pas vraiment blessé, tu voulais juste te mettre à ma place et le faire comme tu veux. En tout cas moi personnellement je freinerais, même si je suis d’accord avec le principe de liberté d’expression, mais il y a des choses à respecter. L’homme est naturellement bon, donc revenons au naturel.

 

Ecrit par Terence Bik

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