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Interview

il y a 3 mois

VALD, ou comment avoir l’intelligence de se faire passer pour un con

Ce qui est sûr, c’est que VALD ne laisse personne indifférent. Il suffit de se pencher quelques instants sur sa discographie et ses clips pour découvrir un univers riche et excessif tout bonnement parce que c’est ce qui anime l’individu. Techniquement, l’artiste n’a rien à envier à la verve des meilleures plumes hexagonales, psychologiquement, son cas interpellerait plus d’un médecin. Mais voilà, il y a quelque chose de passionnant dans son œuvre, une certaine désinvolture rafraîchissante mêlée à une compréhension totale de son sujet. Enfin. Car VALD aura tâtonné un petit moment avant de détenir la bonne formule, celle qui peut l’ériger au rang d’artiste de génie. Quelques semaines après la sortie de son très bon 1er album « Agartha », c’est dans nos bureaux que nous avons entrepris de ne nous entretenir avec ce rappeur hors normes, qui, si nous avions décidé par je ne sais quelle idée farfelue de jouer au Scrabble, m’aurait battu à plate couture.

Photos : @RickRence


Il faut que ce soit tranchant. Mais au final je reviens sur tes premiers mots : je joue au bête…c’est mieux.


 

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Serais-je le plus intelligent des rappeurs bêtes ou le plus bête des rappeurs intelligents ? Wow ! Peut-être les deux. C’est sûr que c’est l’un ou l’autre. Lequel ? Je ne sais pas. En tout cas, je suis d’accord avec Jay Z qui rappait qu’il fallait être plus cool avec les auditeurs qui ne maitrisent pas le rap [« I dumbed down for my audience to double my dollars » à traduire par « J’ai rendu mon rap moins intelligent pour gagner deux fois plus d’argent », ndlr] . Sinon, ils ne comprennent pas la richesse de ce que l’on propose. Il faut…lever le pied, un peu.
Peut-être aussi qu’on va être plutôt dans des ambiances où on va rigoler, je vois beaucoup le rap comme un truc festif. Évidemment ramener de la science la dedans, ça va être chiant. J’ai toujours l’idée que le morceau, peu importe ce qu’il est, il faut que tu puisses le jouer en soirée et que les réactions soient directes, il faut que ça fasse « paf ! », donc effectivement c’est peut-être là que je vais faire le débile. D’ailleurs, on est débile en soirée… puisqu’on est bourrés.
Quant à la profondeur de mes textes, je dirai que ce n’est pas vraiment fait exprès, tout cela va m’apparaître de façon assez évidente. Par contre là où je réfléchis et me prends la tête c’est quand je me dis « Faut que je le rende festif ce truc, faut qu’on s’amuse dessus à tout prix ! », ou alors qu’on vomisse partout, du style « Merde ! C’est vraiment trop ce que le mec est en train de dire ! ». En somme, faire de la musique d’extrémiste, de la musique radicale. Il faut que ce soit tranchant. Mais au final je reviens sur tes premiers mots : je joue au bête…c’est mieux.

Si je devais analyser mon univers musical… Basses ? Il faudrait beaucoup de basses ! Un univers musical… j’en ai pas, ça va être compliqué de le décrire du coup. Je fais à peu près tout mais il faut que cela soit envoûtant, hypnotisant. J’aime bien les boucles, ouais…les boucles évidentes et les gimmicks dans les prods. Mais il faut une boucle très peu évolutive : les boucles de cirque, les boucles d’OVNI [il mime le son d’une boucle simpliste], ça c’est mon truc.

D’où me viennent tous ces délires ? J’aime bien ton expression « bordel organisé », mais pour moi tout ça vient du jeu vidéo Super Meat Boy. Toute mon inspiration vient de Super Meat Boy. En vrai, j’en ai aucune idée, je ne saurai répondre.
Mon processus d’écriture est assez simple, soit j’écoute une instru qui va m’inspirer, soit j’ai déjà une idée et je choisis l’instru pour pouvoir exprimer cette idée. Ce qui se passe généralement c’est que j’essaie de faire des freestyles, parce que je pense que c’est la forme de rap que j’aime. Une phrase qui dit quelque chose, une autre phrase qui veut dire autre chose…tu mets plein de phrases qui n’ont rien à voir et puis au final ça décrit quelque chose de global et ça laisse la place à l’interprétation de chacun. Après, on peut forcer le trait sur un ou deux points pour bien se faire comprendre mais au final c’est vraiment le freestyle que je kiffe. J’aime quand ça part dans tous les sens.
Concernant les clips, je passe des heures au téléphone avec les réalisateurs jusqu’à ce qu’on trouve le concept. Tout ça dans l’idée de faire du bruit parce que moi je ne vois pas du tout ça d’un mauvais œil de chercher à faire du buzz. Tu sors un morceau ou un clip, faut te faire entendre, faut générer du flux. C’est une vraie science, parce qu’il faut trouver le concept…et ça marche qu’une fois sur trois. On cherche vraiment à faire quelque chose de fort, de surprenant. Il ne s’agit pas de juste faire des clips de top models, d’artistes un peu torturés…on essaye de vraiment aller plus loin que ça et de proposer un truc.

 


Tu mets plein de phrases qui n’ont rien à voir et puis au final ça décrit quelque chose de global et ça laisse la place à l’interprétation de chacun.


 

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Est-ce que je suis trop en avance sur le rap ou est-ce que ce sont les consommateurs de rap qui seraient trop en retard ? J’aime à penser que là on commence à être pile-poil synchro. Je pense qu’à un moment donné j’étais en retard sur les sonorités, les flows et même mon ton, ma manière de m’exprimer. Là je suis bon…ou bien peut-être que je suis en avance…t’as raison, t’as raison ! J’suis trop en avance, je suis trop dans le tur-fu là !
Mais ça va arriver, tout le monde va se caler à un moment donné. Ouais. J’étais en retard, maintenant je suis dans le tur-fu. J’ai envie de croire qu’on a réussi à se comprendre, ceux qui me suivent, au vu des retours qu’on a, ouais je pense qu’on est dans le coup de ouf. On a réussi à bien se faire comprendre mais effectivement ça a été une aventure et une galère d’être pile-poil au bon moment avec les bonnes sonorités, les bonnes thématiques et le bon ton. Je pense vraiment que c’est aussi une histoire de ton. Le ton a changé dans le rap, tu ne peux plus rapper de la même manière. Un morceau comme Amour et jalousie [titre tiré de l’album Opéra Puccino d’Oxmo Puccino] serait compliqué aujourd’hui. Il serait presque incompréhensible et les gens se diraient « qu’est ce qu’il me raconte lui ? ». Je trouve qu’aujourd’hui, se prendre au sérieux dans le rap c’est quelque chose de vraiment ridicule. Les rappeurs ont bien conscience du spectacle qu’ils mettent en place, ils jouent tous leur rôle…on joue tous notre rôle ! Je ne pense pas qu’il y ait un rappeur là qui rappe [il mime la diction d’un rappeur de manière très caricaturale] , je ne crois pas à ça. Et s’ils le font, ils se trompent énormément et ils ont bien mal.

Est-ce que je suis un rappeur compréhensible ou est ce que les gens me comprennent directement ? Hum…je crois que je suis malheureusement dans la catégorie des mecs compréhensibles. On est à la limite d’être des mecs incompréhensibles sur 2/3 trucs. Alors la question c’est, est-ce à nous de nous rendre compréhensibles ou…? Ouais très certainement, un peu des deux quoi. Je crois qu’il faut aggraver le mystère et faire un pas vers les gens. On fait pas de la musique pour rester des mecs qu’on ne comprend pas du genre « Nan mais attends, c’est trop poussé ce qu’il dit là ». Pour moi le mot « élitiste » il induit que je fais du rap pour une catégorie de personne, et que l’autre catégorie, celle qui ne comprend pas mes textes n’a pas le niveau pour capter le truc. Ça me fait un peu de peine et je pense que tout le monde peut comprendre ce que je dis. J’ai pas l’impression que mon rap soit quelque chose de poussé. Je ne veux pas faire de la musique élitiste, je veux être compris…tout en gardant ce côté surprenant.
Je ne me mets pas de frein dans les thèmes que j’aborde ou les mots que j’emploie. Je m’empêche d’écrire des trucs méchants envers les gens qui ne le méritent pas. Parfois effectivement, je vais charrier quelqu’un ou quelque chose et là on ne va pas hésiter. Mais sinon j’évite d’être méchant…comme dans la vie de tous les jours. J’évite au maximum de descendre les gens autour de moi, les gens de mon niveau. Ceux qui seront au dessus, je vais prendre un plaisir particulier à leur chier dessus. Les autres qui sont à mon niveau ou en dessous, j’y touche pas au contraire, j’essaie de leur donner le plus possible. Comment on fait pour chier sur quelqu’un au dessus de soi ? Hmmm…avec un bon « name dropping » au bon moment, ça peut faire mal hein. Mais bon c’est du rap ! Il faut toujours avoir conscience que ce n’est que de la musique et ce n’est pas avec ça que tu vas mettre le mec par terre. Tout ça c’est dans l’esprit. Je m’empêche de chier sur les petits gens. Et si je le fais c’est pour leur donner envie de se réveiller. À part ça, jamais de blasphème : on parle de croyances là. Peu importe ce que moi j’en pense.

Pour Agartha, on a confié la réalisation sonore à une équipe réduite qui se compose de : Dj Weedim, Seezy, BBP, Dolor, Sirius qui est mon ingénieur son, technicien, mixeur, beatmaker, coach vocal, il fait à peu près tout.
Les nouveaux producteurs qui ont participé au projet c’est vraiment Seezy et Dj Weedim qui sont vraiment très « Atlanta ». Ils maitrisent vraiment ce qu’ils font. Avant je travaillais plus avec BBP et Dolor qui eux sont beaucoup moins « Atlanta » que ça, à priori ils sont dans tous les délires, ils savent tout faire. Mais les autres sont vraiment ciblés, ils ne font que ça. De toute façons en France, on ne fait que du Atlanta, moi je n’aime que ça et je n’écoute que ça, je suis un peu bousillé.
Au-delà de ça, je crois que c’est ma vision de la musique qui a augmenté, je ne vois plus les mêmes détails, j’en vois beaucoup plus maintenant. Du coup on travaille plus longtemps sur les sons. Avant je ne m’arrêtais pas sur certains détails, maintenant je vais faire chier sur un kick « Nan, là viens on mets un kick qui sonne plus sec, plus sourd », ce genre de conneries quoi.

 


Ce projet a été annoncé comme un vrai truc, il a été bien travaillé, avec une nouvelle vision et de nouvelles exigences.


 

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Si on peut dire que c’est mon projet le plus abouti, je peux également prétendre que ma vision est plus « grande » et plus « haute ». J’ai finalisé les autres projets avec le même détail sauf que ma vision était plus « basse », plus proche de la Terre, donc je voyais moins de choses. Là maintenant que ma vision est plus haute, c’est le même aboutissement mais avec plus de détails, car même si avant ce n’était pas le cas, je n’ai jamais sorti un projet en me disant « Ça je m’en fout ! ». J’ai toujours été minutieux sur tout mais c’est vrai que là je vois plus de choses. Donc Agartha est un album plus haut et plus fort…mais les autres ont une espèce de naïveté, un manque de culture et ça s’entend. C’est de l’art hein, c’est de l’art. On est pas obligé de maitriser parfaitement le sujet pour s’y mettre, c’est ça qui tue d’ailleurs. C’est pour ça qu’on a crée l’autotune : on sait même pas chanter mais on chante.
Quant à la réalisation de l’album, j’ai quasiment mis un an. Ça aurait dû mettre beaucoup moins de temps mais à cause de la tournée, on a pas réussi à caler de séances studios entre les dates. Au moment où on devait s’y mettre, j’ai aussi eu des galères personnelles… Le projet a vraiment mis du temps : retards sur retards. Mais c’est bien au final, car du coup j’ai eu le temps de me faire bien chier alors certains nouveaux titres ont vu le jour, comme le titre « Je t’aime » par exemple. Il ne m’était pas du tout venu à l’idée de mettre un titre pareil sur l’album…je ne comptais même pas faire un titre pareil à la base. Celui là ou Mégadose…c’est des sons un peu premier degré. Ça va être ça le prochain album, c’est pour ça que je ne pense pas qu’Agartha soit l’album de la maturité. Celui d’après, je pense. Je crois que j’ai compris un truc et du coup je crois qu’Agartha c’est l’album de la compréhension ou du « Ah j’ai compris un truc ».
Et puis c’est contractuel, c’est la fin des contrats, c’est le dernier projet que je devais rendre. Donc tac ! Fallait finir sur un album. On ne pouvait pas passer notre vie à sortir des mixtapes, des EP, des je sais pas quoi.
Ce projet a été annoncé comme un vrai truc, il a été bien travaillé, avec une nouvelle vision et de nouvelles exigences. Mais j’ai vu à la fin du projet ce truc « d’être vrai », tu vois. J’ai attaqué l’album avec l’idée de faire quelque chose de fort et sur la fin de l’album j’ai capté ce truc de « faire quelque chose de vrai ». Sur la fin de NQNT 2 j’avais vu comment faire des morceaux forts et du coup c’est ce que j’ai fait sur Agartha. Des morceaux teintés de vérité. Donc le prochain album sera un album complètement vrai teinté d’un autre truc…que je ne sais pas encore.
Si j’ai déjà commencé à travailler sur autre chose ? Oui, mais je vais doucement sur le prochain projet parce que je veux être en phase avec les sorties et les sonorités du moment…il faut être vraiment dans le coup. Je prends donc mon temps, je viens juste de sortir un projet, la fin a été laborieuse.

En ce qui concerne les retours pour Agartha, ils sont méga bons. Que ce soit sur les morceaux ou les chiffres de ventes…tout fonctionne et la tournée s’annonce hardcore. Je suis donc méga content. Je suis un peu surpris par tout ça même si de loin, j’avais une petite espérance quant aux chiffres de vente de la première semaine. Mais au final on a fait des chiffres supérieurs à nos petites attentes. Sur le NQNT 2, il me semble qu’on était à 4000, là on sort on est à 15 500, c’est chaud. On évolue dans le bon sens, c’est très bien.
J’ai une fanbase déterminée, elle est attachée et elle comprend ce que je fais. Limite, ils sont pas contents quand je fais des écarts de route, c’est incroyable.
D’ailleurs leurs retour m’amusent beaucoup, et puis quelque part quand je fais de la musique je pense à eux. Mais est ce que j’en tiens compte ? Pffff…pas vraiment. Quand ils ne sont pas d’accord avec ce que je sors, je me dis « Ils sont cons, ils n’ont pas compris ».

Le titre de l’album est l’aboutissement de recherches sombres sur Youtube. Je suis tombé sur tout un tas de légendes et de mythes et je me souviens que cela avait provoqué quelque chose de fort en moi pour être honnête. La première fois que je découvre tout ça je suis vraiment choqué de savoir que certaines personnes puissent croire de telles choses.
Je parle d’une vie et d’une ville souterraine, avec des individus plus évolués que nous, plus sages que nous et avec un savoir universel.
Y croire c’était surprenant pour moi et du coup j’ai été amené à parler d’Agartha dans un texte sur NQMT 2, alors le fait d’appeler le prochain suivant du même nom paraissait logique.
Pour la cover, je voulais quelque chose de très coloré et mystique mais pas religieux. Les gens ont tendance à faire l’amalgame entre mysticisme, spiritualité et religion. Il y a énormément de références cachées sur la cover de l’album, tout est caché ! D’ailleurs les gens ne s’arrêtent qu’à l’aspect religieux et à son aspect provocateur mais ils ne voient pas tous les messages qui figurent sur cette image. La cover en elle-même veut dire quelque chose, c’est comme un grand rébus. L’oeil du reptile ? C’est peut-être la chose la plus facile. Ça serait quelqu’un qui nous observe…même moi qui sort un CD, je suis observé. Suis-je dans une logique du complot ou est ce pour me foutre des gens qui y croient ? Non ! On ne peut pas en rire… moi je défends ces gens malgré mon incapacité à croire en ces théories. On va dire que ça m’intéresse ou que ça me passionne. J’ai envie d’y croire, j’ai envie que tout cela soit vrai. J’aimerai bien y croire mais j’ai beaucoup de recul par rapport à tout cela. Au final, plus que d’y croire, j’ai envie d’ériger ces théories au même niveau que les théories officielles. J’ai autant d’informations sur les théories officieuses que sur celles qui sont officielles, j’en ai même plus ! Donc au bout d’un moment, soit je donne ma confiance à des gens que je déteste soit je donne ma confiance à des gens qui me font fantasmer.
Tout cela m’intéresse énormément et si je peux faire que cela intéresse d’autres gens, c’est très très bien. Parlons-en, c’est ce qu’il y a de plus génial sur internet.

 


Que le titre « Blanc » résonne de cette façon c’est aussi dû au fait de l’actualité politique.


 

 

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Effectivement, je n’ai que deux featurings sur cet album…
J’ai beaucoup de mal à parler aux inconnus, aux interviews c’est un autre jeu. On me pose des questions alors c’est différent tu vois… Alors que dans la vie de tous les jours j’ai beaucoup de mal. Aller vers les gens, envoyer des mails ou des textos… Voir les gens, ça me gêne énormément, je n’aime pas ça en fait. Donc moi je ne vais jamais vers personne et comme les gens me prennent pour un mec fou-fou, ils viennent pas forcément vers moi. Le résultat c’est que très peu de collaborations ne se font, à part avec mes gars.
C’est aussi une réelle intention de ma part, si tu regardes les autres projets, il n’y avait vraiment aucun feat à part mon gars Suik’on Blaz AD et je voulais montrer sur Agartha que j’arrivais à aller vers des artistes et que j’arrivais à me dépasser. Je trouve que c’est un beau message : celui du partage et de la solidarité. Tu ne fais pas ton projet tout seul dans ton coin, même s’il y a des raisons de le faire de cette manière-là. Au final les gens sont choqués et très surpris. Tout le monde est content, c’est la fête au village.
Pourquoi Damso ? Je ne sais pas…sûrement parce qu’il est chaud. C’est une réflexion qu’on a eu avec mon équipe, on a fait le répertoire des rappeurs puis Damso est arrivé. Là, c’est devenu une évidence, on a compris que c’était lui qu’il fallait. On lui a donc envoyé un mail et il nous a tout de suite répondu par l’affirmatif. Au final, cette collaboration était un peu logique, il venait de sortir son projet, on avait à peu près les mêmes « stats », nos influences étaient similaires. C’est un bon artiste alors on y a pas réfléchi à deux fois.
Je suis d’accord quand tu dis qu’il pourrait être mon alter ego obscur et moi je pourrais être son alter ego loufoque. Et puis j’aime beaucoup son écriture…c’est un feat tout à fait logique finalement. Et puis ça serait encore mieux si on arrive à mettre ce morceau en images.

Si le titre « Blanc » est à sa façon une critique des mouvances identitaires comme le Front National ou est-ce que c’est un pied de nez à toute cette dérive de rap identitaire « rap de renois », « rap de babtous », etc ? Oui, c’est un peu de tout ça je pense…tout d’un coup ! Quand un Blanc se met à parler de sa couleur ça fait très bizarre à tout le monde donc il y a ce truc où tout d’un coup on va se mettre à se poser des questions « Pourquoi lui ? Pourquoi pas les autres ? » et c’est très bien si ça pousse à ce genre de réactions. C’est sûr que moi quand je le fais, je pense à faire un bon morceau. Ouais… je pense juste à faire la fête avec un truc piquant et grinçant. Je n’imagine pas que ce titre soit très politique en réalité. Je prends juste tous les clichés et je rajoute « Blanc comme » avant. Que le titre « Blanc » résonne de cette façon c’est aussi dû au fait de l’actualité politique. Je me souviens même d’un moment où on disait que Nekfeu baisait tout parce qu’il est Blanc…moi je trouve tout ça très lourd et puis j’ai l’impression qu’on joue le jeu de personnes au dessus de nous. Je pense que ce sont eux qui veulent ce racisme et cette séparation. Je crois que c’est un désir qui vient de très haut pour nous laisser dans la merde. Quand je dis « Blanc comme gentil, blanc comme salope », est-ce une référence à Eminem et au film 8 Miles, lorsqu’il se descend tout seul pour que personne puisse l’attaquer sur ses défauts ? Est ce que j’ai fait ce morceau de cette manière pour me protéger ? Non. Je crois que j’ai fait ce morceau pour donner de la force à tous ces enfants blancs qui se font maltraiter et qui n’ont pas de morceaux fédérateurs, du genre « Ouaiiiiis ! Moi aussi je suis lourd ». J’ai peut-être fait ce morceau pour eux… je ne sais plus, je ne sais pas.
Je pense que ce titre est d’abord un morceau de fête, un truc jouissif avant tout. Bien avant tout ce qui se fait quand on essaie de mettre sa communauté en avant. Il y a un problème là-dedans…c’est pas bien.

 


Je souhaite que les gens se rappellent de l’album Agartha comme de la première bombe détectée dans le radar.


 

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J’aimerai qu’Agartha soit écouté en soirées, dans sa chambre, en voiture, en concert, en strip club…
J’ai un peu cette image de l’enfant déprimé et qui écoute de la musique. Cette vision m’emmerde et me gène. L’enfant déprimé qui écoute de la musique n’écoute vraiment pas de la bonne musique. Et puis il fait chier avec ses goûts, il veut quelque chose de très précis, chiant…c’est quelque chose que je déteste ! Mais en fait, même lui peut m’écouter…
Cette album est pour n’importe qui, tout le monde, tout le temps. Il y a un morceau pour chaque heure de la journée. Je souhaite que les gens se rappellent de l’album Agartha comme de la première bombe détectée dans le radar. On avait envoyé d’autres bombes avant mais soit elles ont mal résonné soit le radar était éteint à ce moment-là. Voilà. J’espère que tout le monde aura vu ce projet ou qu’ils le verront.

Aujourd’hui à quoi je prétends ? Rembourser mes prêts, devenir propriétaire et apprendre à faire de la musique sur logiciel. Je m’y mets, c’est la prochaine étape et j’ai déjà de sacrées banques de sons. Mais c’est tout un travail à faire car j’ai une oreille très récalcitrante.
Je voudrai aussi monter mon label, avoir ma boite d’éditions et devenir un riche producteur, un producteur millionnaire. Tout ça avant 30 ans ! Je sais pas si j’aurai le million mais je serai un producteur à succès. Producteur musical, produire des artistes, produire des médias…Tout comme Booba même si je ne suis pas vraiment sûr de cette comparaison.
Comme dernier mot ? Je ne souhaite que de l’amour. J’ai fait cet album pour qu’il soit consommé dans l’amour et qu’il soit générateur de ce sentiment. Je veux qu’Agartha soit générateur de nouveaux sujets de discussions pour tout un tas de personnes. Un nouveau lien. VALD.

 

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Ecrit par Frem Ganda

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    ElBaron says:

    Super interview ! J’adore la manière dont c’est rédigé.
    Sinon ya moyen d’avoir le nom du photographe ?

      Raïda Hamadi says:

      C’est @RickRence sur Insta ;)

    Merci says:

    La personne ayant écrit l’article ne s’est pas relue ??