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Interview

il y a 2 semaines

On s’est assis avec Basement Approved

The Basement est la plus grosse communauté streetwear du Royaume-Uni. Ce groupe facebook, qui avait commencé avec une poignée de personnes seulement, compte aujourd’hui plus de 65 000 membres qui discutent, conseillent et partagent à propos des labels et produits les plus chauds du moment. L’un des faits d’armes récents du Basement, est cette collaboration avec Nike qui se traduit par une Dunk Low « BSMNT », et dont toutes les recettes iront directement à l’oeuvre de charité Youth Futures. Alex Ropes, l’une des pierres angulaires du Basement, nous parle de cette collaboration. 

 

Alex Rope, l’un des fondateurs de Basement Approved

 

Est-ce que tu peux nous parler des débuts du Basement ?

Il y avait beaucoup d’embrouilles et des petits trucs stupides qui se passaient. Il a fallu de la discipline, une vision claire et une compréhension de l’impact que pouvait avoir le fait de réunir autant de jeunes au même endroit et autour du même centre d’intérêt. Ce n’est pas seulement une opportunité à ne pas manquer, c’est un devoir et une responsabilité d’offrir des opportunités qui peuvent changer l’industrie à une communauté de jeunes gens dynamiques. On ne veut pas seulement travailler dans l’industrie, on veut la changer. C’est en novembre 2015 que le Basement est devenu plus qu’une communauté, c’est devenu un fournisseur de service.

 

Tu peux nous en dire plus sur “Youth Futures” et comment vous en êtes arrivés à travailler avec Nike ?

Youth Futures c’est une oeuvre de charité que j’aide depuis à peu près 5 ans. C’est une oeuvre de charité holistique pour jeune basé dans le sud de Londres. Ils sont arrivés à une période où le gouvernement fermait tous les services pour jeunes de Londres. Les centres pour jeunes fermaient et de ce fait, les opportunités se réduisaient. Youth Futures est né et essaie de garder ces opportunités.

 

De quel genre de mission est-ce que tu t’occupes ?

Le but n’est pas seulement d’améliorer le quotidien des jeunes, mais aussi de créer des portes-paroles, des leaders qui peuvent aider leur communauté à avancer. Il y a un club pour les petit-déjeuners, un pour les devoirs, on a réouvert le centre pour jeunes du sud de Londres qu’ils avaient fermé. Je fais aussi de la sensibilisation contre les gangs, des formations de leadership et de recherche de travail etc. En bref, on pallie à tous leurs besoins.

 

Daniel Pacitti et Leo Madella

 

Quel sera l’impact de la collaboration avec Nike ?

Tout l’argent qu’on a récolté avec les chaussures et les vêtements va directement à Youth Futures. C’était important qu’on utilise cette opportunité pour donner à une oeuvre comme celle-ci. Dans un monde régi par le consumérisme et le capitalisme, montrer aux jeunes que tu peux utiliser ces outils à des fins positives et pas seulement pour s’en mettre plein les poches, c’est super important. C’est le plan depuis le début. En aucun cas on ne pouvait profiter du projet pour se faire de l’argent et la raison pour laquelle on a donné à une oeuvre comme Youth Futures plutôt qu’à d’autres c’est également parce que les grosses oeuvres gaspillent l’argent. Tu donnes 100 000 euros à une grosse oeuvre de charité et ça part en frais administratifs, en maintenance des bureaux, aux directeurs qui gagnent déjà plus de 100 000 euros par an. Donner à Youth Futures était non seulement un moyen d’atteindre la jeunesse mais également de s’assurer de la façon dont l’argent est dépensé. Je n’ai jamais été certain de la manière dont j’allais marier la communauté du Basement à celle de Youth Futures parce qu’elles ont toujours semblées différentes et elles viennent aussi d’endroits différents. Mais ce projet était parfait pour combler l’écart entre les deux.

 


« En aucun cas on ne pouvait profiter du projet pour se faire de l’argent et la raison pour laquelle on a donné à une oeuvre comme Youth Futures plutôt qu’à d’autres c’est également parce que les grosses oeuvres gaspillent l’argent. »


 

Tu parlais du moyen de lier la communauté du Basement avec celle de Youth Futures et dans la pièce, nous avons Leo, qui est l’image parfaite d’une jeunesse qui évolue dans la communauté du Basement. Est ce que tu peux nous parler un peu de lui ? Quelle est l’importance d’une personne comme Leo pour le Basement ?

Je n’ai jamais rencontré de jeune avec un potentiel aussi grand que celui de Leo. Ceci dit, de nombreux jeunes ont beaucoup de potentiel. Leo fait des choses incroyables et j’ai le sentiment que c’est notre devoir et notre responsabilité de l’aider à avancer aussi loin que possible. C’est exactement ce pour quoi le Basement existe. J’espère que Leo ne sera pas le dernier mais c’est sans aucun doute l’un des pionniers de ce qui peut être accompli si une jeune personne est exceptionnelle et qu’elle a le soutien et l’amour d’une famille qui le pousse vers l’avant. Pas pour le profit, mais simplement par le fait qu’il fasse partie d’un collectif qui veut le voir aller le plus loin possible. Je pense que si on appliquait plus ce modèle, on verrait beaucoup plus de jeunes sortir du lot.

 

Leo Mandella

 

Shobon essaie aussi de plus aider les jeunes. Est-ce que tu penses que c’est une tendance londonienne ?

En ce moment, la jeunesse en a juste marre. On hérite de ce monde mais on a l’impression qu’on n’a pas notre mot à dire sur ce qui se passe. Comme par exemple quand on voit une personne comme Trump diriger les US, quand on voit qu’au Royaume-Uni on a un Premier Ministre qu’on n’a pas élu, la brutalité policière etc. Il y a tellement de choses qui se passent dans le monde et la jeunesse n’a pas l’impression de faire partie de la conversation. Et si ce n’est pas le cas, alors on va faire notre propre conversation et s’unifier jusqu’au point où nos voix ne pourront plus être ignorées.

 

Comment tu expliques cette différence entre la génération d’aujourd’hui et celle plus ancienne ? 

Je pense qu’internet y est pour beaucoup. Tu ne peux plus mentir au jeunes. Il y a 50 ans, les seules infos que tu pouvais avoir c’était à la télé, et c’était des faits. Mais aujourd’hui, les faits, tu peux les vérifier sur internet. Il y a des centaines de sources et tu peux choisir laquelle tu crois la plus crédible. Cette génération est la plus informée et la plus cultivée et je pense que quand t’as une jeunesse progressiste d’un côté et des personnes conservatrices de l’autre, ça va forcément exploser à un moment.

 


« Il y a tellement de choses qui se passent dans le monde et la jeunesse n’a pas l’impression de faire partie de la conversation. »


 

Est-ce qu’il y aura d’autres collaborations Nike x Basement ?

Je ne veux pas trop m’avancer, mais en même temps, c’est important que ça ne soit pas juste pour la forme. C’est facile de s’intéresser à un problème parce que c’est cool, parce que c’est à la mode et une fois que tu as donné ton opinion, quitter la conversation parce que tu as fait le job d’un point de vue des relations publiques. Mais si tu veux vraiment changer les choses et avoir un impact qui dure il ne faut pas juste collaborer mais faire un partenariat, échanger des valeurs. Si on ne prend pas soin de ces communautés elles tourneront leur dos et c’est ce que j’ai dit à Nike. Sur le court terme, votre marge bénéficiaire est très bien, mais du moyen au long terme, dans 5 à 10 ans quand les jeunes vont changer le monde et gérer les choses, est-ce qu’ils vous verront en tant que partenaires qui les ont aidés à changer le monde, ou en tant que gens qui sont restés en retrait et dit “non, on ne s’impliquera pas” ? Ou pire, est-ce qu’ils penseront “vous faites partie du problème, non pas de la solution” ? Donc je pense que le business model doit changer. Le fait de faire du profit sur tout ne peut pas continuer.

 

Un dernier mot pour la fin ?

Comme toute chose, il est important que lorsque tu commences quelque chose, tu continues et avances sans t’arrêter. Il n’y a pas de fin/victoire avec ce projet, ça ne s’arrête jamais.

 

Daniel Pacitti, designer de la Nike Dunk Low « BSMNT »

 

Photos: Pablo Attal

Ecrit par Pablo Attal

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