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Interview

il y a 4 semaines

Lido, nostalgie, présent et future

Autour d’une table d’un des studios de La Place, le centre hip-hop de Paris, l’artiste norvégien Lido, moi, et un fidget spinner. C’est le sien, il vient de le récupérer. Comme tout le monde, il s’amuse de cette mode, mais trouve le procédé agréable. Son petit objet, métallique, est un peu plus lourd que les autres, et fais tourner 5 petites boules. Après tout, il faut savoir se détendre. Sur l’année 2016, le producteur-chanteur était autant sur scène à Coachella avec comme invité de luxe Jaden Smith, que derrière les machines sur deux titres de l’album rap sacré comme le meilleur par les Grammys cette année : Coloring Book de Chance the Rapper. Il a également sorti un album solo, Everything, passé inaperçu. Il y revient pourtant sur sa rupture avec la chanteuse Halsey. L’occasion d’un passage par Paris pour parler de ce disque, de l’actualité de Lido, mais aussi des évolutions du marché de la musique face à la puissance de la technologie et des réseaux sociaux. Coup d’index sur le fidget spinner : ça tourne.

 

 

Tout d’abord, merci pour ton temps. J’imagine que tu préférerais être ailleurs à faire de la musique plutôt qu’une interview.

 

Toujours. Mais honnêtement, ça ne me dérange pas de faire des interviews. La plupart du temps, je suis seul devant mon ordinateur à créer des choses que j’aime. C’est cool d’avoir l’opportunité de parler à quelqu’un des choses auxquelles je tiens. Donc j’apprécie les interviews — quand elles sont bien menées. Et j’ai la sensation que ce sera le cas pour celle-ci.

 

Merci ! Je vais faire de mon mieux. Qu’est ce qui t’emmène à Paris ?

 

Je suis signé chez Because Music. Alors, je viens ici de temps en temps, pour m’organiser avec eux, sur des plannings, des tournages de clips, des campagnes de promotion… C’est bien que je puisse être sur place pour gérer ça en direct, et être bien sur que le label et moi soyons sur la même longueur d’onde. Aussi, j’ai beaucoup d’amis ici, dont DJ Slow, en qui j’ai confiance créativement parlant. C’est bien de venir ici pour l’inspiration.

 

 

L’an dernier en avril, Slow m’a invité à un concert que tu faisais au Badaboum à Paris. Tu y as joué ton album Everything en entier, juste avant sa sortie. Je n’avais jamais vraiment écouté ta musique avant, et cette première rencontre m’a vraiment touché. Il y a cette phrase incroyable qui tourne en boucle sur le dernier titre, “Depression is infectious and is awesome”/”La dépression est une infectieuse, et c’est génial”. Ma question est : comment vas-tu ? Comment tu te sens, maintenant ?

 

Merci. Je me sens mieux. Cet album était une forme de thérapie pour moi. Je suis passé par des phases difficiles, sentimentalement parlant. C’était important pour moi d’écrire cet album sans tomber dans les gossips ou sans être injuste, faire cette chose typique que nous faisons trop souvent : blâmer l’autre, dire des choses qu’on ne devrait pas. J’ai voulu faire un album sur mes sentiments. C’était difficile de décrire ces émotions de la manière la plus pure, mais ça m’a aidé à traverser les étapes de la douleur avec plus de douceur.

 

 

Chaque chanson est une étape : “Murder” c’est la rupture, “Dye” c’est quand l’autre vous manque, “So Cold” c’est la solitude”, “Crazy” c’est quand tu commences à perdre la tête, “City Bike” c’est quand tu deviens énervé, “Only One” c’est quand tu commences vraiment à réaliser ce qui s’est passé, “You Lost Your Keys” c’est quand tu te retrouves face à toi-même, “Angel” c’est le moment où tu acceptes de tout relâcher et être en paix, “Tell Me How You Feel” c’est la fin, le moment où tu es triste d’avoir perdu ce que tu ressentais. J’ai écrit cette musique quand je traversais ces moments. Et au bout de ce chemin, est sorti cet album dont je suis très fier. Ça m’a fait du bien de le faire, même si c’était un album difficile à promouvoir et à interpréter, et donc revivre, sur scène. Je suis content d’en avoir fini. Donc, oui, je me sens bien.

C’était une longue réponse pour une question simple[rires,ndlr], mais oui, je suis inspiré de nouveau, j’écris de la nouvelle musique sur d’autres sujets. J’avance.

 

Pour être honnête, je ne suis pas un grand fan de la scène future bass. J’aime bien la musique, mais je trouve que ça ne va jamais nulle part en termes de contenu — toujours des chansons d’amour, comme si c’était le nouveau R&B. Bien que ton album soit un album sur l’amour, tu as décidé de parler d’émotions complexes. Ça aurait été plus simple pour toi de faire un album rempli de chansons pop joyeuses plutôt que de parler de rupture et de déprime. Qu’est ce qui t’a motivé à faire un album d’”artiste”?

 

Je pense que je n’avais pas le choix. Tu as raison à propos d’un côté de la scène future bass, qui a rapidement été saturée parce qu’elle a explosé à un stade très jeune de la création du genre. La plupart des genres qui deviennent pop ont plusieurs années derrière, et on le temps de mariner dans l’underground. La future bass n’a pas vraiment eu ce temps. Lorsque j’ai commencé à sortir de la musique qui incorporait ce genre d’éléments, il n’y avait pas beaucoup d’équivalents. Pas plus d’un an plus tard, j’entendais déjà ces éléments à la radio. Généralement, les sous-genres — prenons la dubstep pour exemple—existent des années avant de se retrouver récupérés dans un morceau de, disons, Britney Spears.

Je pense que la future bass n’a pas eu ça, et que le genre est devenu rapidement saturé par beaucoup d’artistes qui avaient saisi l’aspect technique, mais n’avaient pas nécessairement de choses à dire, ou même l’expérience pour avoir quelque chose à raconter. Il y a des tonnes de producteurs bien meilleurs que moi pour designer les sons, pour les drops, les mixdowns… Mais ça fait 12 ans que je suis un artiste, alors, je suis déjà passé par ces phases où je faisais de la musique sans rien avoir à dire. Quand je faisais de la musique juste parce que je le voulais, pas parce qu’il le fallait.

 

 

C’est ce qu’est cet album : il fallait que je le fasse. Pour moi. Il fallait que je fasse sortir ces émotions pour les comprendre. La musique qui naît de la nécessité et inspiré par des véritables situations de vie aura toujours plus de poids que la musique simplement inspirée par d’autres musiques. Je vois souvent la musique comme la sculpture : tu as ce bloc de matériau à partir duquel tu sculptes quelque chose, et tu dois imaginer les formes à partir de ce bloc. Et tu retires, petit à petit, le superflu. L’album était déjà là, mon rôle était de retirer ce qui n’était pas nécessaire pour lui donner vie.

 

Tu viens de sortir un nouveau titre, “Not Enough”, avec le groupe THEY., sur lequel vous remettez au goût du jour le son new jack swing des années 90. Comment est-ce que ce morceau s’est mis en place ?

 

Un peu par hasard. J’ai toujours adoré le R&B des années 90/fin des années 80. J’ai commencé à entendre de plus en plus de new jack swing sur Internet, via le Running Man challenge ou d’autres vidéos de danse, qui remettaient en avant ce son que je n’avais pas entendu depuis un moment. Je travaille avec beaucoup d’artistes, et j’en voyais de plus en plus être inspirés par ce son. À ce moment, je travaillais avec THEY., et une nuit au studio, on s’est dit que ce serait cool d’essayer de faire un morceau new jack swing. J’ai entendu beaucoup d’artistes sampler et rajouter des batteries trap dessus… Je voulais plutôt créer une chanson originale, qui sonnerait comme si elle sortait tout droit des années 90. Un challenge qu’on s’est fixés, et le résultat est plutôt cool. Le morceau n’avait pas de place sur un album, ni pour moi ni pour eux, alors on l’a sorti seul, sans trop calculer. C’est juste un morceau fun.

 

 

Donc tu es super fort pour reproduire le son new jack swing, et tu as déjà prouvé que tu savais également reproduire le son R&B 90 sur tes projets avec Santell. Est-ce que, en fait, tu serais pas le Mark Ronson du son années 90 ?

 

[rires] Wow… Je ne sais pas si je mérite ce titre — Mark Ronson est vraiment incroyable. Mais c’est une bonne référence. Une des raisons pour lesquelles je pense que le new jack swing va faire son retour, c’est le travail que Ronson a effectué avec Bruno Mars. J’ai beaucoup de passion pour la musique, et j’ai été éduqué à avoir l’oreille ouverte pour des genres très différents. Alors, je ne dirai pas que je suis un Mark Ronson des années 90, puisque j’ai autant d’amour pour le gospel que pour le son hip-hop des années 2000. Je pense d’ailleurs que là où je suis le meilleur, c’est à faire des beats qui auraient été parfaits pour Fabulous en 2002, ou Nelly en 2001 —

 

 — Également un son qui finira par faire son retour.

 

Absolument, je suis pressé que ça arrive d’ailleurs [rires] ! En même temps, je travaille sur des morceaux jazz avec des guitaristes, je m’intéresse au punk rock. Je suis ouvert à tous les styles de musique. Le R&B est celui dont je me sens le plus proche, mais je vais continuer à essayer de faire de la musique dans le plus de genres possible, et je verrai bien ce qu’il se passe.

 

 

Dans cette génération, bien qu’il y ait de la nouvelle musique partout et de nouveaux genres accessibles en un clic partout dans le monde, le retour vers la nostalgie est très fort, preuve en est le succès récent du dernier album de Bruno Mars. Qu’est ce qui nous pousse à vouloir ré-écouter de vieux sons ?

 

C’est une bonne question. J’ai lu ce livre d’un compositeur classique qui analysait la musique moderne. Il disait : “Nous n’avons rien fait de nouveau depuis le début des années 80”. On ne fait que recycler. Une culture comme le hip-hop est une culture de recyclage basée sur le sample et le retour vers un son du passé. On est à un point où nous avons visité tous les coins de la musique, et avons épuisé tous les différents genres dans lesquels nous pouvions pousser la musique, puis sommes devenus obsédés par l’idée de donner des noms, des genres, des hashtags sur tout. On a perdu… pas forcément la nécessité, mais…

 

Une sorte de raison pour continuer à laisser aller l’imagination et la créativité.

Exactement. Même dans la musique pop, on ne fait que recycler des refrains des années 80 et ajouter des nouveaux couplets. Tout est basé sur des samples et des idées qui étaient là bien avant nous. Je ne sais pas vraiment si on a perdu l’inspiration. Mais c’est étrange. Qu’est ce que tu en penses ?

 

Pour moi, les musiciens n’ont plus besoin d’être dans une démarche de révolution et de nouveauté, parce que la révolution, c’est la technologie. Spotify change les règles, les algorithmes changent les règles… Nous, auditeurs, ne recherchons plus de la musique foncièrement nouvelle : nous voulons juste la musique qu’on connaît déjà, avec laquelle on se sent en sécurité, qui nous permet d’utiliser la puissance de nos nouveaux outils, technologiques et connectés socialement.

 

C’est très juste. La musique est devenue une telle industrie, si compétitive et avec un marché si saturé, que maintenant tu te distingues avec le succès plutôt qu’avec quelque chose que tu emmènes qui est nouveau. C’est frustrant parce que je pense qu’il s’agit d’une grande conversation avec l’Humanité en général. Ma mère est directrice d’une école primaire. Elle me dit qu’il y a 10 ans, lorsque tu demandais aux enfants ce qu’ils voulaient être plus tard, ils ont commencé à cesser de répondre pompiers, policiers, boulangers — des professions. Ils ont commencé à dire superstar, célèbre, riche. Soudainement, la fonction n’avait plus rien à faire avec ce que voulaient les gens. C’est l’issue, les bénéfices qu’apportent ce que tu comptes faire qui sont désormais l’objectif principal. On s’intéresse moins à être le meilleur boulanger ou le meilleur musicien du monde : on veut juste être célèbre, et on regarde comment les autres ont fait pour être célèbre. Il ne s’agit plus d’être aussi bon et important que Beethoven ou Basquiat, mais être aussi massif et connu que Kim Kardashian ou Diddy. Quand ton objectif devient celui-ci, tu perds de vue ta fonction. Certains artistes sont de véritables génies du marketing. Mais l’art a disparu. Leur art, c’est le marketing.

 

 

Ceci étant dit, quelque chose de génial dans le monde, c’est qu’il fonctionne comme une pendule. Et la pendule continuera de glisser d’un côté puis d’un autre. Lorsque tout devient trop plastique, les gens recommencent à adorer ce qui est organique. Je pense que la musicalité, l’envie pour les artistes de briser les barrières va revenir. Pour l’instant, on est trop submergés par les réseaux sociaux et Internet. Tout va tellement vite. Je pense parfois à 808 & Heartbreaks de Kanye West — pour moi et pour la critique, un des albums de hip-hop les plus importants de notre époque. Et bien, il ne faut pas oublier que c’est l’album de Kanye qui a fait le moins de ventes. Les pires chiffres, la pire première semaine. Même Yeezus n’a pas fait des chiffres incroyables. Je garde ça en tête, en tant qu’artiste. Tous les gens qui ont changé ma vie étaient pauvres. Ils n’avaient pas des millions d’abonnés sur Instagram, ils ne conduisaient pas des voitures de luxe. C’est important de se rappeler qu’il y a les personnes qui changent le monde, et ceux qui profite juste d’opportunités d’eux-mêmes.

 

 

 

À propos de Kanye West : est-ce qu’il y aura un jour un “The Life of Peder part II” ?

 

Je vais être honnête avec toi : c’était une erreur. J’ai commencé à faire une partie 2, mais je n’avais pas de vrai plan pour la sortir. On aurait dû juste appeler ça “The Life of Peder”, simplement. Peut-être que je jouerai des bouts de cette partie 2 dans un mix, dans un set live, mais le moment pour sortir une partie 2 est passé. L’album de Kanye [The Life of Pablo] était vraiment inspirant. C’est, pour moi, l’album sur lequel il a eu le plus de contrôle. On sent que c’est l’album que lui seul a voulu faire. On dirait une bibliothèque d’idées — ce n’est pas un disque parfait. Autant j’adore ces idées, je ne trouve pas que ce soit son meilleur disque. C’est de l’inspiration pure. Et pour quelqu’un qui adore faire des remix, le potentiel ici était sans fin.

 

Est-ce que ça t’a ouvert une porte menant à Kanye ?

 

On a eu des retours positifs de gens autour de lui, sans communiquer avec lui personnellement. Mais prend ça comme une gros compliment de ne pas m’être fait attaquer en justice pour ça. Pour moi, c’est une forme de validation ! [rires] Je n’ai pas encore reçu l’appel de Kanye, mais lorsque ça arrivera, je serai très prêt.

 

 

Où est-ce que tu vois le monde du remix aller ? J’ai l’impression que c’est le concept le plus fort de notre génération. Remixer est partout, dans la musique comme dans les memes.

 

C’est clairement une culture qui existe dans les clubs depuis un moment. J’ai beaucoup d’amour pour la musique jersey. Ils ont fait beaucoup de morceaux inspirés de memes, à partir desquels naissent des danses, des blagues débiles. Je pense que le remix est l’essence de ce que nous faisons tous actuellement : recycler. Chaque chanson de Jeremih est un remix d’un tube des années 80. Tu serais surpris de voir combien de chansons pop empruntent à des chansons déjà existantes, combien de phases qu’on pense être propre à Snoop Dogg sont en fait des ré-appropriations de phases G-Funk qui le précédaient de 20 ans. J’ai eu une conversation avec un homme très intéressant qui m’a dit : “La créativité, c’est des répétitions et des accidents”. On répète des choses qu’on a déjà entendu, et on fait des conneries avec. Et avoir du goût, c’est reconnaître quand ta conneries est de qualité [rires].

 


Les patrons de label n’ont pas encore compris ça, et ils pensent encore qu’il s’agit d’emprunter sauvagement la propriété d’autrui. Ils ne voient pas comment le remix prolonge la vie d’oeuvres existantes. C’est une période étrange, parce que le remix est fort, mais n’obtient pas le respect qu’il mérite. Je suis curieux de voir vers où ça va avancer. Le business combat les remixes, et il est de plus en plus difficile de trouver des plateformes sur lesquelles faire vivre ce format, ce qui est dommage vu l’importance évident de ce format dans notre culture.

 

Sur Everything, tu as fait un album sophistiqué sur lequel les chansons fonctionnent ensemble. De plus en plus d’auditeurs préfèrent écouter des playlists de curateurs plutôt que des albums d’artistes. Est-ce que raconter une histoire dans un album fait toujours sens dans la génération playlist ?

 

Plus que jamais. Parce que les albums sont des playlists. Les gens utilisent les playlists en masse aujourd’hui, mais choisissent les meilleures. Il y a des playlists tellement bien organisées, pensées, séquencées, qu’elles inspirent la confiance des utilisateurs. Pour cette humeur ou cette situation, je sais que je vais pouvoir faire confiance à l’histoire de cette playlist. Je pense que c’est cette confiance qui finira par ramener les gens vers les albums. On finira par appeler les albums des playlists. Il s’agit de mettre ensemble la musique de la façon la plus fluide et efficace pour créer une expérience, ce qu’attend l’auditeur d’une playlist.

Les bons albums n’existent pas depuis si longtemps dans la culture populaire. Dans les années 90, on s’est habitués à avoir 3 gros singles, et plein de titres pour remplir l’album autour des hits. C’est à ce moment que les gens ont perdu confiance dans le format de l’album. Avant, tu achetais un disque de Bob Dylan ou de Steely Dan, et tu restais dans ce monde pour l’heure qui suivait. C’est ça, faire une playlist. Les curateurs de maintenant mettent tellement d’amour et de passion dans les playlists qu’ils font qu’on finit par avoir des playlists meilleures que des albums.

 

 

L’an dernier à ton concert au Badaboum, tu avais invité sur scène un rappeur français (Take A Mic), et tu suis le rappeur belge Hamza sur Twitter. Je me dis souvent que la scène musicale européenne ne collabore pas assez ensemble, ne se concentre pas assez sur ce marché interne continental. Tu penses quoi de cette scène musicale d’Europe ?
Puisque nous sommes divisés en différentes nations, il est plus difficile pour un Belge et un Suédois de faire une chanson ensemble, à cause de la barrière des langues, des différences culturelles… que pour un texan et un new yorkais. Ceci dit, ces choses n’existent pas vraiment dans le monde instrumental. Les producteurs travailleurs avec qui ils veulent quand ils veulent — à l’inverse du langage, les émotions sont universelles. J’espère, pour autant, que ça finira par évoluer. J’adorerai travailler avec plus d’européens. Une grande partie de la créativité vient d’ici. Il y a quelques poches en Amérique, notamment Atlanta et Toronto, en ce moment. Mais en dehors de ça, les américains viennent en Europe pour trouver de l’inspiration. Regarde l’impact du rap anglais, de la pop suédoise, et à une période, de la musique électronique française.

 

 

En Amérique, on pense au business d’une autre façon. En Europe, on est plus concentré sur l’art. Il y a plus de fierté à être un petit artiste. Je me souviens que quand j’ai commencé dans le monde de la musique électronique, personne ne cherchait à être populaire. Ce n’était pas cool. Pas cool d’avoir plein de likes, de faire beaucoup d’argent. Tous ces mecs étaient pauvres, et essayaient juste de faire le truc le plus bizarre, le plus novateur possible. En Amérique, le succès est l’objectif. Et en courant après le succès, on perd parfois la créativité. C’est majoritairement l’inverse en Europe. Petit à petit, les échanges entre Europe et Amérique se renforcent. Les rappeurs anglais et américains collaborent plus. L’intérêt pour les rappeurs qui parlent français grandit : Hamza a été plusieurs fois diffusé sur OVO Radio. C’est en chemin.

 

Dernière question pour toi. Vois-là comme quelque chose de terre à terre ou de très spirituel… Que reste t-il après Everything?

 

Wooo… Que reste-t-il ? Hum… Je pense ce qu’il reste après tout c’est… Tout. Réaliser que tout n’est jamais vraiment tout, il y a toujours plus. J’ai une tendance à me sentir coincé. Comme si j’avais déjà écrit à propos de tout, parlé de tous les sujets, utilisé tous les sons de batterie, tous les accords, toutes les progressions… Lorsque j’avais 12 ans, je me souviens avoir dit à mon père qu’il fallait que je note les sujets et les accords quelque part, parce que je finirai par être à court. Mais c’est faux. Il y a toujours quelque chose de plus.

En ce moment, je fais beaucoup de production, de production exécutive. J’entre en session studio pour des albums, et je deviens Towkio pour deux mois, puis Alison Wonderland pour deux ans, puis je fais de mon mieux pour rendre Jaden Smith le plus consistant possible. Everything, c’était tout ce que j’avais à ce moment. Maintenant, je réalise à quel point les autres sont remplis, et je veux faire partie de ça.

 

 

Alors pour résumer ta question… Que reste t-il, après tout ?

 

Le reste.

 

 

Interview: Julien Jaubert
Photos: Terence Bikoumou

Ecrit par Alex Dobé

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