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Interview

il y a 2 semaines

Kenny Anderson nous raconte sa collaboration eco-frienldy avec Converse

Avec trente ans de carrière derrière lui, Kenny Anderson est une figure incontournable du skate, un exemple d’endurance qui s’affirme aujourd’hui dans un rôle de créatif et de mentor. Le 1er septembre, il était présent à la boutique Day Off pour présenter sa collaboration avec Converse. Pour la première fois, il associe à son nom les marques Converse et Chocolate. Une collection en accord avec ses principes et son mode de vie en accord avec le reste de l’environnement et de la vie animale. L’occasion de discuter avec lui de son message et de son regard sur la jeune scène skate de Paris.

Photos : @samirlebabtou

 

 

Ce n’est pas ta première collaboration avec Converse.

J’ai déjà eu mes propres chaussures, trois. En 1999, je suis arrivé chez Converse, et j’en ai eu une première. Mais cette fois-ci, c’est ma première collaboration sur une Chuck. C’est ma paire préféré. Pour la petite histoire, c’est celle que je portais avant d’être signé, quand j’étais amateur, en 85/86. Et Converse se mettait tout juste au skateboard et mon coloc ridait toujours en Chuck Taylor. Quand j’ai eu l’opportunité d’avoir ma première chaussure, j’ai demandé : « Est-ce qu’on peut faire une Chuck Taylor pour le skate ? » et bien sûr on m’a dit « Non on ne peut pas faire ça. »

 

Pourquoi ?

Je crois qu’à l’époque ça n’aurait pas marché. La chaussure était vraiment massive, technique, un peu spatiale. Donc je ne pense pas que ça aurait marché.

 

Mais qu’est-ce qui faisait que tu préférais skater avec ce modèle à l’époque ?

Je pense que ça avait plus avoir avec la Chuck classique, le style de Vegas, avec un jean et un t-shirt blanc. Et le sensation de la planche. Parce qu’avec les autres paires, je ne pouvais pas sentir ma planche. C’était un mélange, entre regarder tes pieds et aimer ce que tu vois – une Chuck Taylor classique en noir et blanc – et cette sensation avec ta planche. Ne faire qu’un. [rires, ndlr]

 

 

Donc cette fois-ci tu as pu faire ce que tu voulais vraiment ?

Oui, après tant d’année. C’est vraiment cool. J’ai fais tout le design, au crayon puis sur l’ordi. Et je leur ai envoyé le fichier en disant, c’est ce que je veux.

 

Donc c’est vraiment ta vision ?

Oui et surtout en ce qui concerne les matières. C’était le moment parfait pour moi pour finalement faire une Chuck Taylor.

 

Pourquoi ?

Parce qu’aujourd’hui, je ne veux pas rattacher mon nom à des produits issues de la production animale. Et c’est aussi un bonus si je peux utiliser des matériaux issus de l’économie renouvelable. Donc pour le design de cette Chuck, je voulais quelque chose de très classique. Mais dans les détails, on a utilisé un tissus recyclé, des lacets en cotton organique, des vêtements dans un cotton BCI [Better Cotton Initiative], du cotton recyclé pour le coupe-vent, il ne fallait pas de colle animale… Ça c’est vraiment pour le détails. Autrement, il fallait aussi que ça ait l’air très cool, mais que quand on regarde dans le détail on se rende compte que c’est très réfléchi. Donc je l’ai designé avec ses raisons-là en tête. Et elles veulent dire beaucoup pour moi.

 

 

Et comment ces choix se traduisent dans ta vie de tous les jours ?

Dans tout ses aspects. Tout ceux qui me connaissent savent que cette collection est une pleine extension de moi-même. Il n’y a pas que mon nom apposé sur les produits, il n’y pas de compromis. J’ai mis mon coeur dans le design, dans les matières, en me battant pour certaines choses.

 

Combien de temps ça a pris ?

On s’est pressé. Je crois que ça a mis un peu moins d’un an. Normalement, c’est plus long. La collection était prévue pour la fin de l’année. Mais pour revenir là-dessus, c’était le but de cette collaboration. Je vis aujourd’hui d’une certaine façon et de voir mon nom rattaché à certaine chose, c’est un genre de compromission. Donc pour moi,il fallait que je sois à l’aise avec toutes les choses que je rattache à mon nom. Et je pense que c’est très important. C’est la première collaboration que je sors dans cet esprit-là.

 

 

Est-ce qu’il y a d’autres façons dont tu transmets ça aujourd’hui ?

Je pense que ça se voit de plus en plus sur Instagram. L’histoire, c’est qu’aujourd’hui, je suis attentif au domaine de la santé, j’étudie, je recherche, je prend le temps de me renseigner sur un régime alimentaire à base de plante. Parfois je poste à propos de mes restaurants préférés à Paris par exemple. Et au final, je ne l’ai pas fait si souvent que ça. Mais j’ai eu tellement de retour. Des positifs comme des négatifs. Mais je le fais de façon assez subtile, ça reste authentique. Je ne dis pas « Vous devez manger ceci ! Vivre de cette façon-là. » C’est plus « Hey, c’est ce que je mange. C’est bon. »

Et j’ai donc reçu pas mal de retours et ça m’a inspiré à faire plus ; à donner mes adresses favorites, expliquer comment je me suis soigné de façon naturelle. J’ai expliqué comment je m’étais soigné grâce à des techniques de respirations, un régime et une thérapie physique. J’ai laissé un message : « À ceux qui seraient en souffrance et envisageraient une chirurgie, s’il vous plaît, consultez deux ou trois médecins différents. » J’ai reçu trois opinions différentes de médecins du sport, qui m’ont dit que j’avais besoin d’une chirurgie reconstructrice si je ne voulais pas arrêter le skate. J’ai aussi consulté des médecins « naturels » et je me suis guéris, de façon naturelle. Pas seulement parce que ces médecins ont tenté ces procédures naturelles sur moi, mais parce que j’ai pris soin de mon état mental. Pour se soigner, il faut se concentrer là-dessus, mentalement et physiquement. Donc j’ai posté un truc là-dessus, et au réveil j’ai découvert une centaine de DMs.
Là où je veux en venir, c’est que j’ai fais naturellement quelque chose pour moi-même et quand j’ai vu les retours de personnes qui me disaient, j’ai tel problème, qu’en est-il de ton régime, et même alors que je ne l’avais pas mentionné, quelqu’un m’a demandé si j’avais déjà souffert de dépression. Et je me suis dis « Wow, je n’en ai même pas parlé. » Et c’était cool, parce que c’était le cas. Je lui ai donné mon numéro et on a parlé pendant trois heures, un complet inconnu. Et plus je lui en disait, plus je me rendais compte qu’on était au même niveau. Ça nous affecte de la même façon.

En parler ça nous aide à comprendre qu’on n’est pas tout seul. Ça aide à l’accepter. C’est pour ça que j’ai cherché à en apprendre plus, à obtenir une certification. Pas parce que je veux faire du soin mon prochain boulot, mais parce que je m’intéresse et je me tiens au courant de ce qu’il se passe dans la médecine naturelle. Je n’ai pas de plan. Je suis tellement dans le moment présent aujourd’hui, que tous les jours sont nouveaux, et que j’apprends, et que je vis au jour le jour. J’en suis là.
Mais pour revenir à la question, j’ai converti ma voiture il y a plusieurs années pour qu’elle roule avec des combustibles végétaux, pour l’environnement. Pas mal de petits le savent et me posent des questions. Chaque étape que je passe est faite pour aider l’environnement et le traitement des animaux. C’est pour ça que cette ligne fait sens et qu’elle est une extension de ce que je suis.

 

 

La prochaine question concerne Paris. Comment est-ce que tu connais la ville aujourd’hui ?

Je suis venu plusieurs fois. Bien sûr le skate nous emmène dans différents quartiers. Mais je quitte souvent une ville en me disant : cette ville est cool, les skateparks sont cools, c’est magnifique… Je suis allé au Centre Pompidou, j’ai vu la Tour Eiffel, mais on part avec en tête un « mais…»  Bien sûr au cours de l’année, les dernières fois où je suis venu, j’ai vraiment visité la ville, fais mes recherches. Et là je le fais par moi-même, du coup ce n’est pas seulement centré sur le skate. J’ai skatté seul, j’ai découvert la ville, le fonctionnaient des rues. Mais je ne dirais pas que je connais la ville comme ma poche.
Mais c’est intéressant qu’une passion comme le skate m’amène à découvrir d’autres villes. Et avec ma passion pour la santé, le naturel, ça me permet d’explorer la ville d’une toute autre façon.

 

Tu as un restaurant préféré ici ?

Jah Jah. Ils avaient le Tricycle avant, c’est là que je les ai découvert. La nourriture est délicieuse et il y a une belle énergie à l’intérieur. On sent que la personne qui possède l’endroit y met du coeur. C’est familial.

 

 

Je voulais aussi parler avec toi des jeunes que tu attends ce soir. Quel regard tu portes sur eux?

Je ne sais pas. J’ai l’impression qu’à chaque fois que je viens ici, il y a tout un nouveau groupe de jeune. Ça va très vite ici. Comme je l’ai dis, ça doit être différent quand on est ici, peut-être qu’ils se connaissent tous, mais j’ai l’impression que c’est une génération différente. Il y a tout ces petits crews…

 

Parce qu’ils sont de plus en plus jeunes, et grandissent plus vite ?

Oui, ils passent vite d’une passion à une autre. Mais j’ai l’impression que quand je viens, ils ont l’air de plus en plus jeunes. Mais ils sont toujours aussi cools. Et ils ont tous leur propre style. À mes yeux, Paris est une ville assez unique dans ce domaine.

 

Et pas seulement dans le skate, c’est aussi le cas chez les petits qui jouent au foot, au basket. Ils sont aussi super avertis sur ce qu’ils aiment, leurs connaissances sont de moins en moins superficielles. Ils creusent, il cherchent et c’est assez impressionnant.

Dans le skate, il y a toujours un style qui est dans la tendance, qu’on retrouve aussi ici. Et à l’intérieur de ça, on décèle aussi une vraie créativité chez les jeunes. Ils s’expriment d’une certaine façon. Mais comme je l’ai dis, Paris a son propre sens du style.

 

 

Les jeunes ont accès à tout un tas d’influences, mais ils ont aussi cette créativité dont tu parlais. Je ne saurais pas dire d’où elle vient.

C’est un truc qui est sous-estimé dans le skate. Ce n’est pas un sport, ça ne l’a jamais été. On peut dire que c’est un sport, faire des compétitions etc. Mais quand il s’agit de pourquoi on commence, de ce qu’on fait sur une planche, ce sur quoi on est jugé et comment on le ressent, c’est le genre de chose qui… le concours est un bonus. Mais ce qui se passe dans les skateparks, c’est ça le skateboard. Si tu veux savoir ce qu’il se passe, c’est là qu’il faut regarder. C’est une vrai forme d’expression, une façons de voir la ville. C’est une forme d’art sous-estimée. Pour utiliser une analogie, skater c’est comme utiliser un pinceau sur une toile. J’utilise cette analogie pour décrire ce que je vois quand je regarde l’un de mes skaters préférés : Mark Gonzales. Le regarder skater c’est… Il a fait de la compétition avant, mais le regarder rider dans une rue, c’est comme être témoin d’une symphonie. Alors que c’est juste lui qui skate dans la rue. Il est vraiment comme ça. C’est comme voir l’art prendre vie. Ça dépend de ce que vous considérez être de l’art. C’est comme ce gars qui pousse juste sa planche, au lieu de faire des tricks, il pousse tout simplement. C’est tout pour moi, ça me donne de l’énergie et ça m’aide à réaliser que c’est ce que j’aime le plus dans le skate, ce qui vient de moi et ce que je veux exprimer. Il y a tellement de kids, et tellement de styles. C’est parce qu’ils se retrouvent dans différents genres de skate. Et ce qui sort d’eux et ce qui est unique. Même s’ils ont des influences, ce n’est pas pire ou mieux. C’est pour ça que lorsqu’on s’exprime de façon aussi spontanée, on ne peut pas être jugé.

 

Ecrit par Raïda Hamadi

Former Writer - Digital Manager Frank, why did July to us ?

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