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il y a 1 année

Nao : « Plus jeune, je me disais qu’on chercherait quelqu’un de cliché et je suis très normale »

Comme la cover de son dernier single « Fool To Love », Nao a ce quelque chose de solaire et de chaleureux qui inspire confiance. Un enthousiasme inébranlable et un sourire contagieux dont on a été témoins quelques heures avant son premier concert à Paris. Fer de lance de la scène pop de Londres, inventrice du genre « wonky funk », on a conduit la chanteuse chez un disquaire de la rue des Taillandiers pour parler de ses influences, de son parcours solo et de la préparation de son premier album, entre les rayons de vinyls.

 


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Photos : Kevin Jordan O’Shea

 

Comment as-tu l’habitude de te présenter ?

Je dis : « Hey ! Ça va ? Je m’appelle Nao, je viens de Londres et je fais de la musique dans un genre que j’ai appelé le « Wonky Funk ». Pourquoi ? Parce que ça sonne un peu comme de la musique funk, mes influences sont Michael Jackson et Prince. Malgré tout ce n’est pas vraiment rétro,  je réinterprète ça en 2016, d’où le côté Wonky (bancal en français, ndlr). »

Tu crois que tu peux trouver des disques qui correspondent à ce style ici ?

Peut-être dans la catégorie « WARP ». Je connais ce label basé à Londres, il est vraiment intéressant. Ils ont des artistes assez originaux mais je ne sais pas si on va y trouver des artistes Wonky Funk. Flying Lotus est chez eux, ce qui fait génial. Tu connais ?

 

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Oui ! Quel est ton premier souvenir musical ?

Je crois que j’ai commencé à aimé la musique quand j’ai auditionné pour la chorale de l’école,  mais j’étais tellement nerveuse que je n’ai pas pu aller au bout. Je voulais tellement chanter ce solo. J’essayais de rester debout et mes genoux n’arrêtaient pas de trembler. Je ne pouvais pas le faire et j’étais tellement énervée contre moi-même. Pendant des années, j’ai pris des cours de chant pour essayer de prendre confiance et me voilà ici, en France, pour un show.

Et tu as aussi étudié la musique ?

Oui. Je suis allée à l’université Guildhall, une école de musique et de théâtre pour apprendre le jazz. À partir du jazz j’ai appris beaucoup de choses, parce que c’est une forme d’art tellement riche. Mais ce qui m’a beaucoup enrichie, c’est de grandir dans une grande famille qui aime la musique et qui en écoute tout le temps. C’est peut-être même avec ma famille que j’ai le plus appris.

J’ai lu que tu as aussi fait du beatboxing ?

Oui, c’est quelque chose qui s’est fait comme ça. Quand j’étais étudiante, il y avait cette fille qui était championne du monde de beatbox, Bellatrix. Elle voulait former un groupe et on était toutes jeunes, on avait 17 ou 18 ans, donc on a monté notre propre groupe et ça a marché. On a pu bouger, faire du beatbox, chanter, c’était cool.

 


J’ai commencé à aimé la musique quand j’ai auditionné pour la chorale de l’école, mais j’étais tellement nerveuse que je n’ai pas pu aller au bout.


 

Après tes études, qu’as-tu fait ?

Pendant mes études, j’ai été chanteuse professionnelle. Je faisais des sessions, des tournées, j’enseignais et après un moment, j’ai commencé à faire ma propre musique. C’était il y a deux ans.

Quand as-tu pris la décision de travailler à ta propre carrière ?

Ça a toujours été quelque chose que j’avais en tête, quand j’ai commencé à faire de la musique et à chanter. Mais, je n’ai jamais pensé que je correspondais au genre de fille signée sur un label. Mais c’était avant, les choses ont changé aujourd’hui grâce à Internet. Les gens peuvent prendre leurs propres décisions, faire leurs propres choix… Mais quand j’étais plus jeune, je me disais qu’on cherchait des femmes plus stéréotypée, plus jolie, capable de vende tout un package et moi je suis très normale.

 

 

Ton premier EP s’appelle So Good, il est sorti en octobre 2014. Comment l’as-tu conçu ? Quel a été ton processus créatif ?

Je réalise la plupart de mes titres chez moi ou dans mon studio. Je fais ce que j’appelle des « nuggets », c’est-à-dire des sons où j’improvise sur un beat simple des mélodies, des paroles. Je n’écris pas des chansons entières mais plutôt des petites idées. Au final, j’en ai plein et du coup je n’y suis pas attachée, je peux essayer de nouvelles choses. Et beaucoup de mes chansons ont été conçues avec cette méthode, comme « Inhale Exhale », « Adore You » ou « Bad Blood », tout ce que j’ai proposé dans February 15th.

D’ailleurs, peux-tu en dire plus sur la pochette de ce projet ?

Sur mes deux EP, il y a des mains sur la pochette. C’était ma façon d’illustrer l’idée que tout est « fait maison ». Je ne voulais pas non plus être l’attraction principale de mon EP, je ne voulais pas qu’on voit trop mon visage. Donc j’y ai mis mes mains.

 


J’ai toujours eu l’impression qu’il y avait beaucoup de pression quand on entrait dans un studio avec quelqu’un qui a pas mal de hits derrière lui, qui a fait un single avec Rihanna…


 

Tu as dis à Fader : « Tu peux entrer dans un studio avec des producteurs renommés, mais on a les meilleurs résultats quand on y est avec des amis. »

Oui, c’est sûr.

Qui sont-ils ?

J’ai quelques amis. Il y en a certains avec qui j’ai grandi et avec qui j’ai toujours fait de la musique. Ils s’appellent Calvin, John, et  sont dans mon groupe. Quelqu’un comme LOXE, avec qui j’ai beaucoup travaillé, je le considère comme un membre de ma famille. Il y a des gens que j’ai rencontré sur la route, comme A.K. Paul, Jai Paul ou encore Kaytranada. Je ne les vois pas comme des grands noms, il ne s’agit pas de Pharrell ou quelqu’un dans ce genre-là. Ils sont cools. J’ai toujours eu l’impression qu’il y avait beaucoup de pression quand on entrait dans un studio avec quelqu’un qui a pas mal de hits derrière lui, qui a fait un single avec Rihanna ou autres… On attend beaucoup de toi. Alors que si tu fais simplement de la musique avec tes amis, j’ai le sentiment que c’est plus authentique.

J’aurais ajouté un autre nom à cette liste : Mura Masa ?

Oui ! Mura Masa est l’un de mes amis. On a le même manager, Sam, qui est génial. C’est Mura Masa qui a dit a Sam qu’il voulait travailler avec moi et on a fait cinq lives ensemble. On part bientôt en tournée.

 

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Comment se passe la tournée jusqu’ici ?

C’est génial de voyager, d’être sur scène autour du monde et de voir des gens chanter tes chansons, crier ton nom. Je ne m’attendais à rien de ce genre.

Il y a un souvenir particulier que tu en gardes ?

Il y en a un vraiment fantastique. J’ai fait la Une du Guardian et aussi une double colonne au milieu du journal. Mes parents lisent le Guardian tous les jours, et tout d’un coup, ils voient leur fille à l’intérieur.

D’ailleurs, on a récemment interviewé ABRA qui nous expliquait qu’elle était surtout connue grâce à Internet et qu’une fois rentrée chez elle après une tournée dans un pays étranger où tout le monde connait son nom, elle retournait dans l’anonymat. Est-ce que tu sens ce décalage toi aussi ?

Je crois, d’une certaine façon. Mais là où je vie, la scène musicale se développe beaucoup. C’est au milieu de Londres et il y a pas mal d’endroits où il y a des concerts. Donc on se connait tous un peu de toutes façons. Donc je suppose que les gens me connaissent.

 


J’ai fait la Une du Guardian et aussi une double colonne au milieu du journal. Mes parents lisent le Guardian tous les jours, et tout d’un coup, ils voient leur fille à l’intérieur.


 

Londres a d’ailleurs cette grande scène pleine d’artistes émergents. Vous vous connaissez tous ?

Le monde de la musique est immense, mais il est aussi assez petit. Ça ressemble un peu à Facebook, quand tu ajoutes quelqu’un vous avez souvent des amis en communs. Je suis chanteuse depuis longtemps, donc je connais pas mal de musiciens. On se connaît tous pas mal, on connaît les groupes de chacun. Il y a une petite scène et tout le monde se débrouille.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

J’ai une période Marvin Gaye en ce moment. Il y a cet album que je ne connaissais pas qui s’appelle I want you, je l’ai écouté dans ma loge pendant toute la tournée. Il est incroyable ! Mon batteur m’a dit que c’était son album préféré, ma réaction était : « Quoi ? je ne connais pas cet album de Marvin Gaye ! » Il est sur mon Spotify, tout le monde devrait l’écouter, il est génial.

Je voulais te parler de ton album. Est-il toujours en préparation ?

Je continue de travailler dessus, il devrait sortir cet été. Il est presque terminé en tout cas, j’ai fini d’écrire. Il n’y a plus qu’à tout compiler, raconter une histoire, enregistrer…

 

 

Quelle genre d’histoire ?

Tout au long des deux EP, j’explorais mon son. J’essayais de comprendre ce que je voulais dire musicalement. Ça a longtemps été assez sombre et ça a soudainement donné la teinte Wonky Funk. Je pense que l’album est en quelque sorte l’histoire qui a mené vers ce style.

Comment tu l’envisages ?

Je l’imagine assez coloré, je ne serais pas forcément sur la pochette en tout cas pas entièrement. Et j’espère que j’aurais des clips  intéressants pour l’illustrer.

 

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En parlant de ça, tu parles beaucoup de minimalisme. On le retrouve dans tes visuels, mais comment est-ce que ça se retranscrit dans ta musique ?

Ça se ressent aussi dans ma musique dans le sens où j’enregistre ma voix dans ma chambre. Je ne vais pas dans de gros studios, avec plein de fans… Mon studio est assez petit, et il y a peu de gens avec moi, c’est très tranquille. Je n’ai pas un gros producteur ou un ingénieur du son qui travaille là-dessus. C’est un cercle assez fermé.

Dernière question : si tu devais travailler avec un artiste que tu admirais dans ta jeunesse, qui ce serait ?

Missy Elliott fait les sons les plus funky que je n’ai jamais entendus. Elle est cool. Au début des années 2000, quand elle travaillait avec Aaliyah ou Timbaland et qu’elle faisait sa propre musique, elle était en place. Si elle m’appelait et me disait : « Nao, faisons un morceau. » Je dirais oui.

Pas besoin d’y réfléchir ?

Non, elle n’aura pas besoin de le demander deux fois.

 

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Ecrit par Raïda Hamadi

Former Writer - Digital Manager Frank, why did July to us ?

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