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Interview

il y a 1 année

Las Aves : « Aujourd’hui, il y a une overdose d’images par rapport à la musique »

Ils ont sorti leur premier album en tant que Las Aves le 27 mai dernier mais le groupe de quatre Toulousains exilés à Paris fréquentent les salles de concert et les studios d’enregistrement depuis leur plus tendre adolescence. Insérés dans le circuit musical avec leur premier groupe The Dodoz, ils ont décidé de renaître de leurs cendres sous un nouveau projet artistique. Cela donne Die In Shanghaï avec plus de machines, une collaboration avec Dan Levy de The Dø et des clips conceptuels. Après leur date parisienne du 7 juin à la Maroquinerie et leur tournée tout l’été en France et en Europe, découvrez un univers rafraîchissant à travers leurs propres mots.

 

Vous étiez The Dodoz, maintenant vous êtes Las Aves, c’est quoi votre truc avec les oiseaux?

Géraldine : Moi personnellement j’ai extrêmement peur des oiseaux et en particulier des pigeons. Mais ça n’a pas trop de rapport (rires, ndlr).
Jules : On n’a rien de spécial avec les oiseaux. C’est bien parce que ça vole et que c’est un peu libre mais à part ça on n’a pas de réel attachement aux oiseaux. C’est un peu par hasard d’avoir choisi ces noms-là.

Vous jouez ensemble depuis très longtemps à quel moment vous êtes vous dit que vous deveniez des professionnels?

Jules : Aujourd’hui encore on ne pense pas en terme d’activité professionnelle, c’est seulement l’expérience qui fait que les choses sont gérées de façon plus « pro » vu de l’extérieur. On essaye de garder le même esprit qu’on avait au tout début : faire de la musique pour avoir le plaisir de finir un morceau de tous l’écouter et de danser, de kiffer. C’est juste ça !
Après l’évolution a été surtout musicale et le style a un peu changé. Le fait d’apprendre, d’avoir rencontré Dan Levy aussi pour l’album nous a fait vachement progressé musicalement. Ce sont toutes ces choses qui nous changent, et le fait de grandir aussi.

Au début vous jouiez ensemble dans votre garage, c’était un loisir non?

Géraldine : Au tout début ouais, on a commencé à jouer ensemble on avait 14 ans environ, là évidemment c’était un loisir, puis on a commencé à composer nos trucs assez vite. On a rapidement fait beaucoup de concerts aussi avec notre ancien groupe The Dodoz. On pouvait appeler ça un groupe d’adolescents dans un sens. Il y avait beaucoup de fougue, de jeunesse mais au final c’était déjà professionnel. On avait un label, on a sorti deux albums. Par rapport à aujourd’hui, le changement est plus musical. On n’a pas décidé de se professionnaliser il y a deux ans.
Jules : La musique est vite devenue quelque chose de très important pour nous, il n’ y a eu que le tout début, les balbutiements, où c’était un loisir. Après ça s’est transformé en une nécessité, c’est tous notre passion et on vit pour ça, depuis qu’on a 16 ans, on ne fait que ça tout le temps. C’est arrivé très vite.


« On peut faire des choses qui sont assez complexes mais le but c’est d’aller à la simplicité et à l’émotion pour tout le monde. »



Vous n’avez pas fait d’études donc, vous ne vous êtes jamais destinés à autre chose?

Géraldine : Moi j’ai fait médecine, mais c’est naturellement que je me suis rendu compte que je n’avais plus le temps.

Pourquoi avez-vous contacté Dan Levy,moitié de The Dø?

Géraldine : On a envoyé notre projet à très peu de personnes, à deux personnes en fait. Pour nous The Dø est un des seuls groupes en France qui est ultra crédible, qui propose une musique qui se renouvelle tout le temps, qui va toujours plus loin. C’est une sonorité qui pourrait venir de n’importe où dans le monde. On a la chance qu’ils soient Français donc on leur a envoyé nos morceaux.
Dan a tout de suite adoré. C’est bien tombé parce que c’était pile à une période où lui il était en train de faire son troisième album et sans le savoir on était parti dans la même direction musicale. Il s’est reconnu dans pas mal de choses que l’on faisait et c’était assez naturellement qu’on a travaillé ensemble par la suite.

Qui était l’autre personne à qui vous avez envoyé vos morceaux?

Géraldine : C’était Johnny Hostile du label Pop Noire, c’est lui qui produit Savages, Lescop et avant il avait un groupe qui s’appelait John & Jehn. On a eu qu’une réponse sur les deux, c’est déjà beaucoup!
Jules : On avait déjà croisé Dan, on avait joué ensemble il y a très longtemps dans un festival dans le Sud. Mais après c’est un peu inexplicable en lui envoyant, on n’était pas surpris qu’il nous réponde et qu’il aime notre musique. Il nous a dit que c’était vraiment mortel donc bien sûr on était extrêmement contents mais je ne sais pas comment l’expliquer, on sentait le potentiel d’une connivence artistique. On savait qu’il mixait, qu’il voulait produire des choses… C’est bien tombé parce que c’était dans son évolution du moment. Il y a un truc artistiquement que tu sens seulement avec certaines personnes, c’est pour ça qu’on n’a pas envoyé notre musique à beaucoup de monde.

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Vous venez de Toulouse et maintenant vous habitez à Paris. Comme s’est passé le changement d’environnement?

Géraldine : Ça a été une respiration pour nous d’arriver à Paris. On vivait à Toulouse depuis qu’on était nés donc on est arrivés à un moment où on avait un peu fait le tour de notre ville natale. On avait un peu trop d’habitudes là-bas. S’installer à Paris ça nous a un peu bousculé presque comme un coup de pied au cul.  Ça nous a permis de voir plein de choses différentes, culturellement c’est une ville hyper riche. Donc oui on est plutôt très heureux d’être à Paris.
Vincent : Sachant surtout que notre vie finalement est un peu la même qu’à Toulouse : on vit tous dans le même quartier, le XIème, on ne prend presque jamais le métro, on fait tout au même endroit, notre studio de répétition et les bureaux du label sont à quelques centaines de mètres de chez nous.
Géraldine: Ce qui change c’est qu’il y a plus d’ouvertures et de possibilités. On n’a juste pas réussi à apporter le soleil.


Vous semblez vouloir faire une musique très universelle. Quel est votre rapport à la France dans ce contexte?


Vincent
: Je pense qu’on essaye ni de se revendiquer Français ni de s’en détacher, on est simplement attachés à notre musique. On essaye de la faire de la façon la plus juste possible. Ça aurait été la même chose à peu près partout où on aurait pu être. Par contre, malgré nous, le fait qu’on soit en France a forcément joué sur notre son, sur les gens qu’on a rencontré… On n’aurait sûrement pas sonné pareil si on venait des États-Unis. L‘influence est inévitable, c’est pour ça qu’on ne renie pas du tout le fait d’être Français. On aime beaucoup la scène actuelle en France. Il y a de plus en plus de groupes qui sont bien meilleurs que des groupes « ricains » ou anglais. On en est plutôt fiers mais on n’est pas non plus dans une défense de la culture française. On aime cette atmosphère générale où un groupe peut venir de n’importe où et peut quand même avoir sa place sur la scène mondiale et apporter un truc un peu nouveau. Avant c’est vrai que la plupart des artistes internationaux venaient des États-Unis, d’Angleterre et le reste était un peu en dessous.
Géraldine : C’est vrai qu’il se passe quelque chose d’un peu magique. Tu peux rencontrer des artistes, même pas très connus, mais qui vivent à l’autre bout de la planète et dont tu te sens super proche. Par exemple dernièrement j’ai rencontré une fille qui s’appelle K Flay, une rappeuse qui vient de San Francisco. La meuf est à l’autre bout du monde, j’ai écouté son album elle est venue faire une date à Paris et on s’est parlé sur Facebook, on a créé une sorte de relation. On se sent moins enfermés en France, on se sent plus citoyens du monde.


 » On avait un peu trop d’habitudes à Toulouse. S’installer à Paris ça nous a un peu bousculé presque comme un coup de pied au cul. »


Vous avez écrit les chansons « Die In Shanghaï » et « Los Angeles », y êtes-vous allés ?

Géraldine : Non, enfin pas avant d’écrire les morceaux. L’idée est de rêver d’évasion, d’un voyage, d’un ailleurs. On se concentre plus sur la représentation qu’on se fait de ces lieux plus que sur ce qu’ils sont vraiment. Dans la réalité Los Angeles, ça fait pas tant rêver que ça. Donc ce que l’on cherche c’est plus rêver d’une certaine liberté. Le fait de se dire que tu peux monter dans un avion n’importe quand pour aller n’importe où.

Vous ne chantez pas en Français, qu’est-ce qui vous plaît dans la langue anglaise?

Jules : Pour commencer on ne s’est jamais posés la question de savoir sur quelle langue on souhaitait chanter. Ce qu’on écoute majoritairement c’est de l’anglais. On a une culture anglophone, les films qu’on regarde sont en anglais aussi. Je pense que le cerveau réagit et associe les choses que tu aimes à cette langue et donc naturellement je pense que c’est comme ça qu’on a fait le choix sans s’en rendre compte. Je pense que tu n’évoques pas du tout les mêmes choses en anglais qu’en français. En français ce qui est difficile justement c’est d’arriver à coller à ce que tu veux dire sans être dans quelque chose de trop premier degré. Ce n’est pas évident d’avoir une vraie distance. En anglais il y a quelque chose qui est plus imagé, plus facilement poétique. Ça doit dépendre aussi des gens. Personnellement ça m’évoque plus facilement des idées vagues, quelque chose de plus vaporeux.
Géraldine : C’est plus dans la façon d’exprimer ses émotions, j’ai la sensation qu’il y a quelque chose de beaucoup plus fluide en anglais. En France tu ne dis pas à quelqu’un des trucs ultra émotionnels, ça paraît trop « chelous » alors que quand tu les exprimes en anglais c’est comme un fleuve.
Jules : En anglais, on aime bien aussi le fait qu’on ne soit pas totalement bilingue. Ça offre une façon d’écrire qui, pour nous, est un peu plus intéressante, ça arrive qu’on soit à court de mot donc on va chercher, on fonctionne en terme d’idées. Parfois juste un mot va nous évoquer quelque chose de précis et on va essayer de l’associer avec un autre. Je le vois comme une sorte de peinture textuelle, des collages, ce genre de choses. Alors qu’en français on est tellement conscients du sens de chaque mot qu’il y a une sorte de limite qui s’impose.

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L’instabilité est importante ? À chaque projet allez-vous remettre de nouveau tout en cause comme entre The Dodoz et Las Aves?

Géraldine : On aime bien l’instantanéité des choses. Aujourd’hui on est juste trop contents de ce qu’on a fait avec Las Aves et on est heureux de tout ce qu’on construit autour. Mais pour le deuxième album, on aura effectivement envie de faire complètement autre chose. On n’a pas l’impression d’être arrivés à une étape finie et aboutie aujourd’hui. L’album bien sûr on en est très fiers, on adore le son qu’on a réussi à trouver mais après ça peut complètement bouger. C’est la même chose sur scène quand on a adapté « Die In Shanghaï » pour notre tournée on a déjà fait évoluer le projet initial. On est allés chercher une énergie beaucoup plus rock, presqu’un peu punk qu’on avait l’habitude de manier avant Las Aves. On a mélangé tout ça avec l’album et du coup on trouve que ça donne quelque chose qui est différent.

Se réinventer est nécessaire pour survivre dans le milieu de la musique?

Géraldine : Pas forcément parce qu’il y aussi des groupes qui installent un son et qui le perpétuent pendant des années et c’est ça qui fait que ça fonctionne. Nous c’est juste hyper personnel, on ressent le besoin d’aboutir à de la nouveauté à chaque fois. C’est pour ça que pour nous c’est très important le format album. Il y a certains groupes qui peuvent sortir des titres comme ça au fur et à mesure mais nous on a vraiment besoin de penser les choses par période.

Dans la création d’un album, comment vivez-vous le fait de devoir synchroniser les calendriers artistique, prendre son temps pour arriver au meilleur projet possible, et médiatique, sortir le projet au bon moment pour qu’il puisse marcher ?

Géraldine : Moi c’est quelque chose qui me frustre pas mal et que j’ai un peu de mal à gérer. Mais pour celui-ci on a eu de la chance parce qu’on n’a pas fini trop tôt on a vraiment rajouté des morceaux jusqu’à la fin, ça allait.
Jules : On n’a jamais trop aimé ce décalage entre le moment où tu composes un truc et celui où tu le sors vraiment. L’attente qu’il y a entre les deux c’est difficile à gérer pour tout le monde. Donc on fait au mieux et puis on est content quand ça sort.
Géraldine : Quand on finit un morceau on a tellement envie de le mettre direct sur Internet et de le partager. Quand tu as un label ce n’est pas possible, c’est un peu frustrant.
Jules : Mais en même temps on est bien contents d’avoir aussi le recul. Ça sert d’attendre un peu quand on produit quelque chose dont on est contents. Au final les deux façons de faire sont intéressantes, il y a toujours des ambivalences un peu bizarres. La recherche de ce genre de stratégie ce n’est pas la partie la plus fun mais je pense qu’elle est nécessaire.


« Quand on finit un morceau on a tellement envie de le mettre direct sur Internet et de le partager. Quand tu as un label ce n’est pas possible, c’est un peu frustrant. »


Si votre label vous met la pression, vous feriez un projet plus rapidement?

Géraldine : Non ! Quand on n’a pas fini on n’a pas fini.
Jules : Dans tous les cas si on ne veut pas faire quelque chose on ne le fait pas. Surtout quand il s’agit de la musique, ce qui est pour nous le plus important, il n’est pas question de se forcer à faire n’importe quoi. Si ça doit prendre 6 ans, ça prendra 6 ans, si ça doit prendre deux mois ça prendra deux mois. De toute façon on est plus du style à aller assez vite. On a un côté un peu chiens fous. Mais comme pour cet album on est capable de prendre le temps.

Vous avez connu deux groupes mais aussi deux labels, avez-vous senti une grande différence?

Géraldine : Aujourd’hui on est avec Cinq 7, le côté indépendant fait que ça va plus vite. On en avait pas mal chié avec les Dodoz. On avait des périodes très très longues entre le moment où on finissait l’album et le moment où il sortait, c’était vraiment pénible.

Vous ne voulez pas être assimilés à de la musique de niche, y êtes-vous parvenus?

Géraldine : On a dit ça parce que nos morceaux on les pense de façon à ce qu’ils soient à la portée de tout le monde. On veut que n’importe qui puisse être touché par notre musique, après ça ne veut pas dire qu’elle est ultra-simple au contraire. C’est pour ça que parfois on a un peu peur du côté niche. On peut faire des choses  assez complexes mais le but c’est d’aller à la simplicité et à l’émotion pour tout le monde.

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Quelle est l’histoire du clip du morceau « Léo »?

Géraldine : On voulait faire une série de clips sur des bandes de filles aux quatre coins du monde qui vivaient un peu de façon différente. Le réalisateur (Focus Creeps) avait ces copines qui étaient des surfeuses à Los Angeles qui avaient un lifestyle un peu parallèle. Ça nous a plu et on a continué avec le clip « NEM ». L’idée c’était d’aller mettre en lumière des meufs qui ne sont pas celles que l’on voit tous les jours, hyper « girly ». On avait envie de montrer le côté plus brut de la féminité un peu partout.

Parlez-nous de Daniel Brereton qui a réalisé le clip « REM »?

Jules : On était hyper fans de ses clips qu’il avait fait pour Late Of The Pier et Metronomy, c’était il y a un bon moment déjà, en 2007 par là. On adore son univers qui est proche de celui de Gondry, un peu bizarre, un peu série Z. On lui a juste envoyé un mail comme on a fait avec tous les gens avec qui l’on travaille.
Géraldine : On envoie beaucoup de mails (rires).
Jules : Il a répondu tout de suite qu’il était intéressé par nos idées pour les clips de « Los Angeles » et « Gazoline ». On s’est bien entendus et je pense qu’artistiquement, on s’est compris. C’est le bon point de la modernité on peut envoyer un mail et collaborer avec quelqu’un qu’on admire vraiment. On ne sait pas si l’on va pouvoir échanger un jour et au final on se retrouve à bosser avec eux.

Quelle importance accordez-vous au visuel dans vos projets?

Jules : Ça nous plaît énormément de faire des photos nous-mêmes, des clips nous-mêmes et ce depuis toujours. Maintenant on bosse avec des réalisateurs mais les idées c’est quand même nous. On réfléchit très longtemps à tout ça, l’image générale, le logo, comment bien développer notre identité visuelle. De nos jours plein de gens diraient qu’on est obligés d’avoir cette démarche-là mais non on n’aime pas penser les choses comme ça. J’espère qu’on va arriver à un moment où ça ne sera plus quelque chose d’obligatoire parce qu’on est dans un monde très voire trop basé sur l’image
Géraldine : Oui il y a une overdose d’images par rapport à la musique.
Jules : Les gens qui ont des idées pour l’image c’est très bien mais ils devraient parfois plus s’attacher à la musique. Il y a beaucoup de gens qui écoutent une certaine musique pour l’image qui a été construite autour et qui n’écoutent pas des choses qui sont très intéressantes musicalement parce qu’elle n’ont pas d’identité visuelle particulière. C’est vraiment quelque chose qui nous attriste un peu. On est très attachés au fait de développer notre image mais ça ne devrait pas être la priorité.

Photos : Sunny Ringle

Ecrit par Julien Bihan

Rédacteur en chef. Le seul à savoir lors de l’entretien le point commun entre Brit Air, Didier Drogba et un Pokémon qui chante.

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