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Interview

il y a 11 mois

Jarod : « On entre dans une nouvelle ère du rap, il se diversifie et chacun impose son style »

Surnommé le caméléon par Maître Gims, Jarod est un reptile multifacette capable de changer de couleur en fonction de son environnement, de son humeur et de ses envies. Depuis 2004 et ses débuts avec le Wati B, il aiguise son phrasé rythmé pour s’affirmer comme l’une des figures incontournables de la scène rap parisienne. Pourtant plusieurs obstacles se sont dressés sur son chemin, notamment un passage en prison et un boycott des médias après son départ de Wati B. Seulement, un caméléon doit s’adapter à toutes situations. Jarod a ainsi sorti en 2014 un premier album studio intitulé Frappe préventive. Dans la continuité de l’enthousiasme de ce projet qui s’est vendu à plus de 8 000 exemplaires, il a livré à ses fans le 6 mai dernier son second album, le bien nommé Caméléon. L’occasion pour Yard de revenir avec lui sur son parcours, de ses débuts avec Wati B à sa lettre adressée à Booba en passant par son Freestyle tour.

 

Tu as débuté ta carrière avec Wati B en 2004 mais déjà à l’époque tu faisais ta propre promotion, tu étais en « autogestion » quelque part… Quelle était ta place dans le groupe à l’époque ?

J’étais un artiste de Wati B mais je n’étais pas mêlé plus que ça au label dans le sens où je n’avais pas besoin de Dawala ou de qui que ce soit pour m’orienter dans ma décision artistique. Dawala finançait mes projets c’est tout. Il m’a quand même bien aidé et fait profiter du succès de la Sexion d’Assaut mais je gérais tout par moi même, je m’ »auto-manageais ».

 

Tu n’avais pourtant pas exactement le même univers musical que le reste du groupe.

Même si c’est quelque chose qu’on voit beaucoup en France, c’est triste quand tout le monde a le même style dans le même label. Aux États-Unis, les artistes d’un label n’ont pas forcément beaucoup à voir les uns les autres. Prends l’exemple de GOOD Music, chacun a son univers. En France, les dirigeants de label veulent faire entrer les artistes dans des cases et les faire respecter des codes. Je pense qu’au niveau de Wati B, mon rap était complémentaire avec celui d’autres artistes. Je donnais une alternative à certaines personnes qui n’étaient pas forcément dans le rap rythmé. Wati B avait son message, j’avais le mien. On avait deux univers différents et je pense que c’est parce qu’on n’a pas le même vécu, pas la même approche de la société, pas le même âge.

 

Ils n’ont jamais essayé d’uniformiser ta musique avec la leur ?

On me l’a dit… Parfois on essayait de me donner des orientations, des directives sur la façon dont je devais poser. J’ai essayé mais ça ne m’a pas forcément plu et j’ai préféré garder mon intégrité musicale.

 


« J’étais un artiste de Wati B mais je n’étais pas mêlé plus que ça au label dans le sens où je n’avais pas besoin de Dawala ou de qui que ce soit pour m’orienter dans ma décision artistique. »


 

Si t’as quitté le groupe c’est pour des différends personnels mais aussi des différends artistiques. Peux-tu nous expliquer ce qu’il s’est passé ?

J’aurai pu retourner chez Wati B. Forcément notre relation n’aurait pas été la même à cause de différends et de problèmes d’ego pour certains. Avec Dawala on avait parlé de mon possible retour avec Wati B il y a un an et demi sauf que je ne suis pas seulement artiste, je suis également producteur. Si je collabore avec un label ce sera en tant que producteur, c’est ce que j’avais proposé à Dawala avant de quitter Wati B. Je lui ai demandé de co-produire ma musique pour avoir plus de liberté mais il a refusé. C’est à ce moment-là que j’ai quitté le label.

 

Dans plusieurs morceaux on a l’impression que tu es toujours en colère contre eux. Dans J’ai connu ton père, tu disais : « Si je bosse pas pour toi c’est que j’ai des choses à faire en solo ». Quelle est ta relation avec Wati B aujourd’hui ?

Ça dépend… Avec Dawala on est encore en contact, on s’appelle de temps en temps. Il m’arrive aussi de croiser Dr. Beriz ou Black M avec qui je m’entends bien. Après il y en a d’autres qui ne sont pas dans la même vibe, ils ont peut-être gardé la rancoeur de l’époque. Je continue à parler aux personnes que j’estime être honnête.

 

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Après cet épisode Wati B, tu as dû revoir ton entourage car tu t’es rendu compte que certaines personnes traînaient avec toi par intérêt. Quel est ton rapport à l’amitié ?

Quand j’ai quitté le label, j’ai arrêté la musique pendant un moment parce que ça m’avait soûlé. Je ne me reconnaissais plus trop dans Wati B alors qu’on avait commencé ensemble entre potes. Quand le buzz a monté, certaines personnes de mon entourage ont changé, peut-être que moi aussi j’ai changé. Nos relations devenaient uniquement axées sur la musique alors qu’on a toujours été de bon potes. Lorsque j’ai arrêté le rap, j’ai vu des gens ne plus me parler du jour au lendemain. J’ai compris que ceux que je pensais être mes amis traînaient avec moi par intérêt et pas pour ce que j’étais. Depuis, j’ai mis de côté ceux qui me fréquentaient pour mon buzz et je m’entoure que de personnes de confiance que je connais bien et qui m’apprécient pour autre chose que pour ma musique.

 

Qu’est-ce qui t’as poussé à revenir vers la musique ?

C’est un ami à moi qui voulait que j’écrive pour un de ses artistes, il s’est battu pour que je le fasse. J’ai fini par dire oui mais je ne voulais toujours pas reprendre le rap. À force de retourner en studio et d’être entouré des bonnes personnes j’ai repris petit à petit.

 


« Lorsque j’ai arrêté le rap, j’ai vu des gens ne plus me parler du jour au lendemain. J’ai compris que ceux que je pensais être mes amis traînaient avec moi par intérêt et pas pour ce que j’étais. »


 

Après Wati B, tu as dû repartir à zéro finalement. Comment as-tu vécu cette « deuxième carrière » ?

J’aurais préféré ne pas commencer avec Wati B en réalité. Quand tu es un artiste d’un label qui marche bien, tous les médias veulent t’inviter, faire des interviews, des freestyles…  Partout où j’allais j’étais super bien reçu alors que je venais de sortir de prison. Le jour où j’ai quitté Wati B pour reprendre en indépendant, je me disais que ça allait être la même chose mais pas du tout. On disait que je m’étais fait virer de Wati B et plus personne ne voulait m’accueillir, même des petits sites de rap ne me diffusaient pas. Donc finalement ça m’a plus desservi d’avoir commencé le rap avec Wati B mais ça reste une expérience enrichissante. J’ai dû tout recommencer à zéro parce qu’il y avait des rumeurs qui tournaient disant que j’avais volé Dawala… J’ai charbonné pour sortir une  première mixtape en indépendant, En attendant la frappe. Grâce au soutien de mon public, on a réussi à bien la vendre et après on a enchaîné avec plusieurs morceaux, y compris « Dawala », ce qui a tout changé. C’était un big up à Dawala et ça a permis aux gens de se rendre compte que toutes les rumeurs étaient fausses. Rohff disait  : « Si c’est toi qui invente les rumeurs t’es un fils de pute et si tu crois aux rumeurs t’es un fils de pute » (sur le titre « Pleure pas », ndlr) Quand j’ai sorti ce morceau, j’ai retrouvé le soutien des médias. C’était le début de ma carrière en indépendant.

 

Sur cette mixtape tu as fait appel à beaucoup de rappeurs du XIXème, l’arrondissement dans lequel tu as grandi. Pourtant c’est dans le IXème que tu as développé tes qualités de rappeurs…

À la base j’étais au lycée dans le IXème et il y avait un mec qui faisait partie de la Sexion d’Assaut. Un jour on a parlé et j’ai appris qu’il rappait dans un groupe, Wati B, avec lequel il allait souvent en studio. Pour moi c’était un truc de ouf d’aller en studio, ça ne m’était jamais arrivé. Je ne me considérais pas comme un rappeur, je faisais ça pour m’amuser dans la cour. Il m’a emmené dans son quartier pour me présenter Gims, Lefa, Adama et les autres. On a rappé pendant 4 ou 5 heures. Quand je suis rentré chez moi j’étais motivé à me lancer dans le rap. Je me rappelle avoir passé la soirée à écrire des textes pour essayer de me mettre à leur niveau. Après ça, on est retournés en studio plusieurs fois où j’ai rencontré les membres de mon ancien groupe (L’institut).  Pendant des années on cherchait à regrouper les meilleurs rappeurs parisiens. On avait des kickers du XIXème, XXème… Il y avait d’ailleurs S.Pri Noir dans notre groupe. J’ai pas mal rappé dans le XIXème mais j’ai beaucoup bougé dans des quartiers de Paris pour freestyler et rencontrer d’autres MC.

 

 

Récemment de plus en plus d’artistes du XIXème commencent à se faire un nom dans l’industrie, je pense notamment à MHD. Le XIXème a toujours été un quartier imprégné de culture rap ou c’est tout nouveau ?

Pas tellement. À l’époque on a eu Oxmo Puccino, Pit Baccardi, ATK… Il y a eu quelques gros groupes sortis du XIXème mais à part eux on n’avait pas beaucoup de rappeurs. C’est un arrondissement qui est connu pour son taux de criminalité élevé, il y a des cités partout, beaucoup de crimes, du crack. À l’époque quand dans ton CV il y avait écrit que tu venais de Stalingrad, tu étais directement stigmatisé. Maintenant ça s’est amélioré, les immeubles ont été rénovés. Il y a beaucoup de bourgeois qui s’y sont installés mais ça n’a pas toujours été comme ça. Les gens disaient que c’était la banlieue de Paname. C’est vrai que ces derniers temps, il y a de plus en plus de rappeurs dans le XIXème avec des gars comme Tino du 19 Réseaux. Depuis que MHD a percé tous les petits veulent se mettre au rap.  

 

Comment tu expliques cet essor ?

On est nombreux dans le XIXème et le public est très réceptif à notre musique. On a la chance d’avoir des personnes qui soutiennent tous les artistes qui sortent du XIX. Il y a une réputation à tenir et les jeunes du quartier sont vraiment derrière nous. Aujourd’hui tu as des MHD, des 19 réseaux mais déjà quelques années avant tu avais Mister You qui faisait beaucoup parler de lui.  Pour moi, depuis la génération d’Oxmo, c’est  le premier artiste à vraiment avoir éclaté ici. On n’a fait que suivre l’impulsion qu’il a lancé. Beaucoup d’artistes du XIX commencent à faire parler d’eux. Je pense notamment à Papo, V12 et Despe Delgado que j’ai invité sur mon album Frappe préventive.

 

Il y a donc une véritable solidarité aussi bien entre artistes qu’avec les habitants du quartier.

Totalement. En tant qu’artiste on essaye de maintenir cette solidarité mais ce n’est pas toujours évident parce qu’il y a beaucoup d’embrouilles entre les différents quartiers. Je me souviens qu’à l’époque la rue de Crimée était une limite à ne pas franchir pour les gars de Cambrai. Je pense que c’est notre rôle d’aider à apaiser les tentions à travers la musique, notamment en faisant des featurings avec des gars d’autres quartiers. La musique adoucit les coeurs.
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En 2014 tu sortais ton premier album Frappe préventive qui s’est bien vendu pour un projet en indépendant, un peu plus de 2 000 exemplaires écoulés la première semaine. C’est une revanche pour toi ?

Vendre plus de 8 000 exemplaires en indépendant c’est bien, ça reste quand même un bon score. Je ne suis pas un mec que tu vas entendre sur toutes les radios donc forcément quand je repense à tout le travail que j’ai accompli pour en arriver à cet album, toutes les galères, ma trêve musicale, je ne pouvais qu’être content. Quelques années avant je n’étais même pas certain de continuer le rap donc forcément c’est un accomplissement.

 

Cet album marque aussi une prise de risque avec des morceaux comme « Aller vite » ou encore « Solo » en rupture avec ce dont on était habitué de ta part. Tu n’appréhendais pas la réception de ces morceaux par ton public ?

Oui ce n’était pas évident. Cette prise de risque faisait peur à notre distributeur, on avait pas de public précis à cibler. J’avais peur que les gens ne comprennent pas ce que j’essayais de faire en rassemblant tout ces styles. Au final on a quand même réussi à trouver un public de caméléon qui m’a beaucoup soutenu. J’ai la chance d’avoir des fans avec qui je suis très proche.

 

C’est un album que tu préparais depuis longtemps. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

C’était surtout à cause de problèmes logistiques mais j’ai aussi rencontré des problèmes au niveau de la direction artistique. J’ai écrit certains morceaux il y a 4 ans, j’ai décidé d’écarter d’autres morceaux de l’album après réflexion… Je me suis mangé plein de petites escroqueries à gauche à droite. Je connaissais pas bien le milieu et j’étais obligé de me casser la gueule au moins une fois. Ce n’est jamais évident de sortir un premier album en indépendant.

 


« Avec la lettre, je voulais leur dire : « Arrêtez de cracher sur Booba ! »  C’est notre père à tous et tout le monde cherche à l’imiter. »


 

Aujourd’hui on a l’impression que les artistes préfèrent rester en indépendant plutôt que de signer  en label, mais au moment de Frappe préventive vous êtes peu à vendre autant…

À l’époque Hayce Lemsi et moi vendions beaucoup pour des gars en « indé ». Aujourd’hui tu as des mecs comme PNL, Jul et d’autres qui sont « numéro un » des ventes iTunes en indépendant. Quand on voit les scores qu’ils sont capables de faire sans le soutien d’un label, ça nous motive encore plus. Je pense qu’on rentre dans une nouvelle ère du rap français depuis un an maintenant. Le genre est en train de changer, les auditeurs aussi, on a de nouveaux médias… Pour nous artistes ce n’est que du positif. Le public vont véritablement pouvoir comprendre notre art. Le rap se diversifie et chacun arrive à imposer son style. PNL ne ressemble pas à Jul, Jul ne ressemble pas à Nekfeu…

 

Tu ne penses pas que la clé de la réussite c’est justement d’être libéré de toute la pression des labels?

Ce n’est pas la même pression… Quand tu es producteur tu as une pression financière parce qu’il faut dégager des fonds pour aller en studio, réaliser les clips, faire la communication… C’est délicat d’être en « indé » mais l’avantage c’est qu’artistiquement tu fais ce que tu as envie de faire. La preuve, la plupart des rappeurs que j’écoute en ce moment sont en « indé ». J’écoute beaucoup PNL, je kiffe ce qu’ils font. On est vraiment dans une période clé du rap. On a la chance de faire une musique assez libre qui nous permet d’englober tous les styles et de faire ce qu’on veut donc c’est sûr que c’est la bonne période pour être en « indé ».

 

C’est dans cet esprit d’ouverture musicale que tu as adressé cette lettre à Booba. C’était une façon pour toi de dire aux autres rappeurs laissez le faire ce qu’il veut ?

Ouais, je voulais leur dire : « Arrêtez de cracher sur Booba ! »  C’est notre père à tous et tout le monde cherche à l’imiter. Lorsque Booba s’est mis à utiliser l’auto-tune, tous les autres rappeurs ont fait pareil. Faire cette lettre c’était une façon pour moi de leur dire que j’avais les couilles de faire ce que vous n’oserez jamais. Je voulais donner de la force à Booba parce qu’il a tout fait pour le rap français. Il a permis à tellement d’artistes de percer : La Fouine, Seth Gueko, Niro, Dosseh, Kaaris, Kalash… Presque tous ceux  qui sont aujourd’hui respectés ont bénéficié de son soutien. C’est le mec qui tire le rap vers le haut et à la fin on lui crache dessus. C’est du manque de respect !

 

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Tu as lancé le Freestyle Tour il y a à peu près 3 ans et pour l’instant c’est une réussite. Tu cherches à retourner aux bases du hip-hop, c’est-à-dire les freestyles et les cyphers ?

Oui c’est exactement ça. On arrive dans une ville qu’on ne connaît pas, on donne un rendez-vous sur Internet, en général sur la place principale, et au finale on se retrouve avec plus de 300 personnes venues pour « kicker ». Il y a un esprit de battle, chacun arrive avec ses meilleurs textes. Ça m’est arrivé de voir des reggaemen venir chanter leurs chansons. C’est ça le hip-hop ! C’est bonne ambiance, un moment de partage qui peut parfois déboucher sur des collaborations. Je suis vraiment content de faire ça. On en a déjà fait 25 : en Belgique, en Suisse, au Canada… Et j’espère bientôt pouvoir en faire en Afrique.

 

C’est également une stratégie de fidélisation des fans ?

Quand tu es indépendant tu es obligé de trouver des concepts forts pour faire parler de toi : dans les médias, dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Je suis le seul rappeur à faire ça et à chaque fois qu’on organise une session, il y a plein de fans qui se déplacent pour rapper ou juste pour venir nous voir donc forcément ça me fait plaisir.

 

En début d’année tu as d’ailleurs lancé la série de freestyles « La trap c’est mort » avec Dj Titaï. Peut-on dire que tu es un freestyler avant d’être un rappeur studio ?

Complètement ! J’ai mis deux ans avant d’aller en studio pour enregistrer un son et avec mon groupe on a mis plus de 5 ans avant de sortir un premier clip. J’ai commencé le rap avec les freestyles, c’est ce qui m’a formé. On pouvait passer des après-midis à rapper au quartier,  on a toujours fait ça par passion, pour s’amuser. « La trap c’est mort » ’était une façon pour moi de dire aux autres rappeurs qu’il était temps de la faire évoluer.

 

Tu viens tout juste de sortir  ton second album studio, Caméléon. Explique-moi le concept de la pochette ?

Je voulais que les gens puissent s’identifier à mon album, c’est pour ça que la pochette est un miroir. Je pars du principe que ceux qui achètent mon projet sont des caméléons aussi, capables d’accepter une ouverture musicale et même une ouverture d’esprit. C’est avant tout l’album de mes fans, si tu es un caméléon tu vas te reconnaître. On a laissé notre marque avec ce concept, on est les premiers à faire ça.

 


« J’ai mis deux ans avant d’aller en studio pour enregistrer un son et avec mon groupe on a mis plus de 5 ans avant de sortir un premier clip. »


 

C’est un album assez complet, on y retrouve un Jarod trap mais aussi un Jarod plus mélancolique. Par quel processus créatif tu es passé pour proposer cet éclectisme ?

Je suis quelqu’un qui écoute de tout, peu importe l’artiste, peu importe le style musical. Dès que je reçois une « prod », ça passe ou ça casse. J’aime bien travailler avec le beatmaker au moment où il fait les « instrus » : je teste, j’expérimente… Il y a plein de morceaux qu’on peut qualifier d’expérimentaux que je n’ai finalement pas mis dans cet album. J’ai des sons comme « Vibe » ou « Building » qui datent depuis un moment, plus de 5 ans pour certains.

 

Malgré tout ces styles, c’est un album très personnel où tu évoques ton passage en prison, la mort d’un de tes amis. C’est la première fois que tu te livres autant dans un de tes projets.

J’ai toujours été quelqu’un de direct, qui parle sans forcément réfléchir. Ça m’a d’ailleurs attiré beaucoup de problèmes dans ma vie parce que les gens n’étaient pas prêt à accepter une vérité dite de façon si crue. Je suis toujours comme ça sauf que j’ai appris à comprendre, à analyser la personne qui était en face de moi pour mieux lui dire ce que je pense. Dans mon dernier album j’avais amené un message assez lisse mais entre temps je me suis rendu compte qu’il y avait des choses que j’étais obligé de dire. Je me suis permis de me révéler un peu plus, de façon à ce que si tu écoutes l’album d’un coup tu puisses comprendre qui je suis.

 

Hiérarchiser la tracklist n’a pas dû être simple mais malgré tout l’enchaînement des titres est assez fluide.

C’est exactement ce que j’ai voulu faire. On a bien réfléchi à l’ordre des morceaux pour que la différence entre les titres ne soit pas gênante. Je n’entends pas trop d’album ou tu as 10 couleurs différentes mais cohérentes entre elles. Je me posais la question de savoir comment j’allais faire pour avoir différents styles sur l’album mais tout en gardant un message cohérent et clair. Je me suis pris la tête sur l’ordre de la tracklist. Quoi qu’il arrive il y aura forcément 3 ou 4 morceaux qui vont plaire à mes fans, qu’ils soient trap ou plus électronique.

 

Photos : @booxsfilms

Ecrit par Babacar Diasse

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