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il y a 8 mois

Hamza : « J’ai plus le sentiment d’être un artiste qu’un rappeur. J’aime créer, j’aime oser. »

Au terme d’une année riche, condensée dans les 8 minutes du documentaire Zombie Life, Hamza est devenu l’une des nouvelles coqueluches d’un rap « français » désormais devenu « francophone » étant plébiscité aussi bien par ses semblables que par les auditeurs. Un an après notre premier entretien avec l’artiste belge, nous nous sommes à nouveau installés à ses côtés afin de dresser le bilan. L’occasion pour nous d’évoquer avec lui un hypothétique succès outre-Atlantique, mais aussi et surtout New Casanova, son prochain EP à l’accent résolument jamaïcain.

 

Il y a quelques jours est sorti le documentaire Zombie Life qui retrace l’année qui a suivi la sortie de ta mixtape H-24, celle qui t’a vu te faire un nom au sein de la scène rap. Quel bilan tires-tu de cette année ?

Ça a été une superbe année pour moi. J’ai sorti deux projets, H24 et Zombie Life, qui ont été plutôt bien reçus, c’était cool. J’ai aussi eu l’occasion de faire plein de shows un peu partout, ça m’a permis de prendre la température auprès du public. Ça fait plaisir.

 

Zombie Life était aussi le nom de ton premier projet ayant bénéficié d’une sortie commerciale. Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de le sortir ?

À l’origine c’était un projet que je voulais balancer gratuitement, ou au moins faire en sorte qu’il soit disponible en streaming. Les plateformes de streaming, que ce soit Spotify, Deezer ou Apple Music, commencent à prendre de la place donc je me disais que ce serait une bonne chose de balancer Zombie Life là-dessus pour commencer. Puis on a réfléchi avec mon équipe, et on s’est finalement lancé le défi de le commercialiser, histoire de voir comment ça allait prendre pour une première fois.

 


« Sans mentir ce n’est pas comme si tu allais forcément trouver un putain d’artiste dans chaque recoin de Bruxelles. »


 

Sur cette tape, tu as réalisé un morceau avec Damso, qui a été l’autre grande sensation belge de 2016. Avec le vent de fraîcheur que vous apportez, penses-tu que la Belgique peut devenir la nouvelle locomotive du rap francophone ?

Nouvelle locomotive… Je ne sais pas, le terme est peut-être un peu fort. Pour l’instant, il y a effectivement Damso, Caballero & JeanJass, Jones Cruipy et moi qui parvenons à sortir un peu du lot – et il y en a certainement d’autres – mais sans mentir ce n’est pas comme si tu allais forcément trouver un putain d’artiste dans chaque recoin de Bruxelles. Après le fait qu’il y en ait qui réussissent à faire leur trou et à amener quelque chose de frais est une bonne chose car ca permet d’ouvrir des portes et ca pousse les gens à se pencher sur le cas bruxellois, et belge plus largement.

 

 

On vous voit régulièrement vous apporter beaucoup de soutien entre artistes belges, notamment sur les réseaux sociaux. Penses-tu qu’il s’agit d’une de vos forces par rapport à une scène française où tout le monde ne tire pas systématiquement dans le même sens ?

Je pense effectivement que c’est l’une de nos forces mais ce n’est pas forcément quelque chose qui se faisait naturellement avant. On se connaît tous depuis très longtemps, on se voyait déjà tous dans les mêmes studios mais chacun faisait plutôt son propre truc de son côté. Je pense que quand ça a commencé à prendre petit à petit, on s’est tous dit qu’il n’y avait pas de raison pour ne pas se donner de la force entre nous. Pourquoi on ne devrait forcément pas faire ce que les français ne font pas automatiquement ? Au bout du compte, on est tous des artistes, on a tous eu nos galères, donc autant se soutenir et collaborer pour pousser le mouvement à fond. C’est la seule manière de créer un vrai « game » chez nous et d’inciter le public à nous soutenir à son tour.

 

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Tu t’apprêtes à sortir un nouvel EP, New Casanova aux sonorités très caribéennes. Qu’est-ce qui t’as poussé à partir dans cette direction artistique ?

Cet été, j’ai beaucoup écouté de titres de ce registre, notamment avec les sorties de Drake, de Roy Wood$ ou de PARTYNEXTDOOR. C’est une vibe qui m’a parlé donc je me suis lancé, tout simplement. J’ai commencé à enregistrer quelques sons dans ce délire puis j’ai publié « One One » et « Ghetto » comme premiers échantillons. J’ai eu énormément de bons retours, les gens avaient l’air de bien kiffer. Après j’ai mis un petit extrait de « Eldorado » sur Instagram, et là c’est parti en couilles… Les gens me demandaient quand ça allait sortir, et j’ai même eu Ramriddlz qui m’a contacté pour faire un remix. Donc je me suis dit que ça pouvait être une bonne idée d’en faire un petit EP.

 

On parle de toi comme un « rappeur », parfois comme un « chanteur », certains te classent dans la trap, d’autres dans le r’n’b. Sortir un tel projet n’est pas aussi une manière de rejeter toutes les étiquettes qui pourraient t’être apposées ?

Bien sûr. Sortir cet EP me permet de montrer une autre facette de mon talent, de montrer que je suis capable de sortir de l’univers pour lequel on me connaît. J’ai envie que l’auditeur qui a écouté H24 et Zombie Life soit surpris avec New Casanova. D’autant que pour ma part, j’ai plus le sentiment d’être un artiste qu’un rappeur. J’aime créer, j’aime oser, j’aime aller loin dans ce que je fais.

 


« Quand il y a une vibe, quand un morceau est réellement « catchy », la langue n’est plus forcément un problème. »


 

Aux États-Unis et au Canada, ceux qui ont fait le pari de s’orienter vers la musique caribéenne ont souvent été accusés de faire de l’appropriation culturelle, de prendre à cette culture sans forcément lui donner du crédit. Qu’est-ce que cela t’inspire ?

Je ne pense pas que ce soit de l’appropriation culturelle à proprement parler, vu qu’à Toronto en l’occurrence, il y a une grosse communauté jamaïcaine et beaucoup baignent dans ce genre de musique. Ils en écoutent à grosse dose et savent comment la faire. Et puis quand tu regardes Drake par exemple, tu vois qu’il s’est connecté avec un gars comme Popcaan, le genre d’artiste qui incarne totalement cette culture. Je trouve ça cool, ce genre de mouvement montre qu’il respecte réellement les origines du genre. D’autant que dans la réalisation de la musique, que ce soit Drake ou Tory Lanez, ils s’appliquent à faire des morceaux de qualité tout en conservant les codes du dancehall. La musique est bonne donc à partir de là, tout ce qu’on dit là-dessus, c’est secondaire.

 

Quand on écoute tes sons, on ressent chez toi une vraie facilité à assimiler les codes d’un genre, qu’il s’agisse des flows ou des slangs utilisés. C’est quelque chose que tu travailles ?

Non, c’est quelque chose qui vient naturellement. Je trouve que c’est important, si je fais du dancehall par exemple, d’utiliser tous les codes qui caractérisent cette musique. C’est ce qui va rendre la chose plus authentique, à mon sens. Quand tu vas écouter le son, tu ne vas pas te dire que ça a été fait au hasard, tu vas te rendre compte que le mec s’y connaît un minimum. Pour te dire, j’ai envie qu’un Jamaïcain qui écouterait New Casanova puisse s’y retrouver dedans.

 

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Penses-tu que cette qualité spécifique peut constituer un atout au moment d’envisager un succès en dehors de la francophonie ? Je devine que c’est quelque chose auquel tu songes.

C’est effectivement quelque chose que j’ai dans la tête, mais pas au point de me focaliser non plus. Ce serait une bonne chose et puis je n’ai pas de raison de me fixer de limites quand je vois qu’un artiste comme Stromae a pu le faire. C’est encourageant. Après, je pense effectivement que le fait qu’il y ait beaucoup de mélodies, beaucoup de vibes dans mes morceaux puisse aider, car c’est peut-être plus facile pour quelqu’un qui ne comprend pas la langue d’apprécier le son. Alors que si tu prends par exemple un mec qui rappe en français, qui a un gros texte mais sans vraie mélodie, la barrière de la langue va probablement être un frein. Quand il y a une vibe, quand un morceau est réellement « catchy », la langue n’est plus forcément un problème. C’est un peu ce qui se passe avec PNL d’ailleurs.

 

Dernièrement, on a vu Virgil Abloh glisser « La sauce » dans un de ses sets, et deux de tes sons ont été joués sur OVO Sound Radio. Quelle a été ta réaction quand tu as entendu ça ?

C’est cool de leur part et c’est motivant. Quand tu entends ça, tu te dis qu’effectivement il y a peut-être quelque chose à faire outre-Atlantique, qui sait ? Ça tue en tout cas.

 

Pour conclure, que peut-on attendre d’Hamza à l’avenir ?

Plein de musique, plein de projets, plein de clips, comme d’habitude. Restez connectés en tout cas.

Photos : Babacar Paviot Diasse

Ecrit par Lenny Sorbé

Twitter : @lenny_sorbe Insta : @lenny_sorbe

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    Slaim says:

    Bon gars