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#YARDWASTHERE

il y a 2 années

Coachella 2015, dans la peau d’un festivalier

C’est dans la plaine de la Vallée d’Indio que le mythique Coachella lance chaque année la saison des festivals. Étalé sur deux week-ends au cœur du mois d’avril, cet événement de légende réunit dans un décor de carte postale une sélection gratinée d’artistes venus de tous bords musicaux. Si les places se sont écoulées en seulement quelques dizaines de minutes, YARD a eu la chance de pouvoir s’y rendre en personne. Vivez ce moment phare de l’année musicale dans la peau d’un festivalier, le tout agrémenté de clichés tout droits sortis de son smartphone.

 

FRIDAY


Après une arrivée tumultueuse sur le sol américain et une matinée à remuer le désert Californien à la recherche d’une carte SIM, nous sommes finalement en route pour Coachella. Notre navette avale sans encombre les quelques 25 miles qui séparent Palm Springs – où nous logeons – de la Vallée d’Indio, tandis que la bonne humeur ambiante et la présence de quelques jolies créatures à l’intérieur du car fait progressivement croître notre impatience.

Coachella Indio Valley

Il est un peu plus de 14 heures quand notre véhicule atteint son point de destination. Les premières basses se font déjà entendre au loin, mais avant d’en profiter pleinement, il nous faut d’abord marcher une dizaine de minutes sous un soleil de plomb et traverser les quelques portiques de sécurité. Celles-ci se révèlent être une formalité, bien aidées par le laxisme d’un personnel très « cool » qui permet à toute personne un brin astucieuse d’y introduire n’importe quel objet pourtant prohibé (parmi lesquels figurent entre autres les caméras vidéos, les selfies sticks ou… les hula hoop).

À peine foulent-ils (enfin) la pelouse de Coachella que les festivaliers sont instantanément pris d’un sentiment de liberté. Certains crient, d’autres sautent et même les membres du staff ont l’air de se prendre au jeu quand ils s’improvisent chauffeurs de salle.

 

ACTION-BRONSON-Coachella

 

Mais venons-en au cœur de la machine : la musique. L’heure avancée nous a malheureusement fait manquer le set de Vic Mensa, qui a déjà laissé place à Action Bronson sur le main stage. Parti pour s’y rendre, notre trajectoire est déviée vers la Sahara Tent où Trippy Turtle fait résonner sa version d’« Hold On, We’re Going Home » de Drake. Au loin, la foule qui se tient devant lui semble compacte et conséquente. À y voir de plus près, on constate avec surprise des trous béants qui permettent à n’importe quel individu de se frayer aisément un chemin vers les premiers rangs.

Quelques minutes pour prendre la température avant de rejoindre un Bronsolino poussant la chansonnette sur « Baby Blue », puis communiant au plus près de son public avant de s’éclipser par la petite porte. Dès lors les sets s’enchaînent : du TDEiste Ab-Soul sur Gobi au « Based God » Lil B, tout semble réglé à la seconde.

Si les artistes assurent clairement le show, il leur est parfois difficile de transmettre leur énergie à un public quelque peu apathique. Sur le main stage, l’électrisante Azealia Banks parvient à faire lever les foules, c’est moins le cas de Ryan Hemsworth sous la Mojave Tent – quand bien même celui-ci aura été à créditer de l’un des meilleurs sets de notre première journée.

 

Azalea

 

On arrive alors aux alentours de 19 heures et l’heure est venue pour nous de nous restaurer. De nombreux stands voués à cet effet sont ainsi installés dans l’espace du festival, offrant un large choix aux spectateurs, allant des classiques du fast-food à des cuisines du monde. Tout juste de quoi payer 15 dollars pour un burger peu consistant et une petite bouteille d’eau. Mais qu’à cela ne tienne, il en faudra clairement plus pour entamer notre joie. D’autant que le coucher du soleil vient nous révéler un peu plus ce sublime paysage que constitue Coachella, sous fond de palmiers, de grande roue et d’installations lumineuses. On se dit que le paradis est peut-être bien sur Terre, finalement.

 

Coachella

 

Tandis que Tame Impala et les légendes d’AC/DC monopolisent l’attention sur la scène principale, on se décide à clôturer notre « day 1 » à Mojave, plongés dans l’univers psychédélique de Flying Lotus. Caché derrière ses larges lunettes d’aviateur, le producteur américain nous a délivré l’une des performances les plus visuelles du weekend. De quoi se reposer, des images plein la tête.

 

FLYING-LOTUS

 

SATURDAY


Désormais armés de nos cartes SIM, la matinée nous laisse tout le temps de rejouer ce « day 1 » au travers des réseaux sociaux. La performance de Vic Mensa, qui a apparemment profité de sa présence pour dévoiler son nouveau morceau avec Kanye West, la présence de Travi$ Scott et Chris Brown qui se sont immiscés dans le public pendant les sets d’AC/DC ou Flying Lotus : la sphère sociale devient rapidement notre séance de rattrapage quotidienne.

De même, ces moments de latence post-festival sont aussi l’occasion de recevoir les messages de nos proches. Certains nous demandent de profiter, d’autres qui nous maudissent et bien évidemment une poignée plus opportuniste nous réclame des souvenirs.

CASHMERE-CAT-3

Pas le temps de s’attarder plus que ça cela dit, car à Indio, la journée a déjà commencé. Le premier live que nous avons coché est celui de Cashmere Cat, sous la Gobi Tent. Le DJ norvégien chevelu a offert une performance sans artifice au cours de laquelle il a notamment joué « Wolves » le titre qu’il a produit pour le prochain album de Kanye West, dévoilé en grandes pompes lors de la présentation de la collaboration entre le rappeur et Adidas.

Pas vraiment prophète en son pays, c’est la française Yelle qui prend le relai, poursuivant ainsi son « rêve américain » devant un public étonnement réceptif.

 

Partis bien avant la fin du set chercher quelques rafraichissements et recharger littéralement les batteries, on aperçoit en chemin un crâne rasé et un large fessier qui nous semblent étrangement familiers. Je pense à haute voix « C’est pas Amber Rose là ? » avant que la horde de festivaliers improvisés « paparazzi amateurs » qui la suivra sur plus d’une cinquantaine de mètres, ne se charge de la réponse. Une scène qui se répètera plus tard dans la journée avec Kendall Jenner, puis à nouveau Amber Rose, revenue chercher un simple café auprès du peuple.

 

Par la suite, on retourne à Mojave pour y voir le duo Run The Jewels délivrer une prestation parfaitement calibrée pour la scène avec en bonus l’apparition de Zach de la Rocha. Puis, un petit tour vers le main stage où Alt-J se produit devant un parterre déjà plus rempli qu’à l’accoutumée. Là encore, on se décide à écourter sa performance pour attendre Tyler, The Creator à l’Outdoor Theatre.

 

TYLER-2

 

Tandis que le staff installe sur la scène un lit et une table de chevet formats XXL, laissant présager du désordre à venir, une jeune fille d’origine asiatique accompagnée d’un groupe de copines nous regarde avec attention. Celle-ci a remarqué que nous parlions français, nous signale qu’une de ses amies a également appris la langue et de ce fait, nous commençons à échanger. Si la description « jeune et asiatique » concerne ici la fille dont il est question, on peut très bien l’étendre à près de 30% de la population globale de Coachella, tant les Asiatiques et autres Philippins sont présents dans le désert californien.

Il est 21h15 quand Tyler rentre en scène. Accompagné de quelques membres de son crew, le leader d’Odd Future fait parler la folie caractéristique de son personnage, égratignant au passage Jack White et Kendall Jenner de son humour acerbe mais pas bien méchant. Le rappeur a également profité de sa présence pour tester auprès du public deux extraits de son nouvel album, prévu pour le lundi suivant, dont il a expressément recommandé l’achat, sinon quoi « [notre] chiot allait mourir ».

 

TheWeeknd-Coachella

 

On file vers la Sahara Tent, où il se murmure que Deorro a prévu un guest. Il n’en sera finalement rien. On se redirige alors vers le Coachella Stage pour The Weeknd. Exceptionnellement, le canadien se fait désirer. Le moment d’attente fait cependant jaillir le second « Cocorico » de la journée quand on constate avec surprise que deux titres du rappeur montpelliérain Joke (« Majeur en l’Air », « New Jack City ») ont été insérés en playlist pendant l’entracte.

The Weeknd finit par faire son entrée, et sa douce voix agit en berceuse qui émerveille plus qu’elle n’endort. Le public reprend en chœur. Son set se dynamise quand il enchaîne quelques uns de ses morceaux plus mainstream tels qu’« Or Nah » et « Crew Love ». Cependant, Drake se garde bien de le rejoindre sur scène, préférant observer la performance depuis le crowd.

A quelques dizaines de mètres de lui, Axwell & Ingrosso, deux tiers du supergroupe d’EDM suédois Swedish House Mafia, déchainent les foules de l’Outdoor Theatre. En habitués du festival, les deux DJs nous offrent quelques très beaux moments de communion. Au loin, on est attristés de voir les « no man’s land » devant lesquels se produisent Swans et Antemasque, même si l’on conçoit que leurs horaires de passage n’ont pas facilité les choses. L’heure est déjà venue de rentrer, mais on a envie d’en voir plus. Ca tombe bien il nous reste une journée pour finir en apothéose.

 

SUNDAY


Troisième et dernier jour de festival pour ce premier weekend de Coachella. Paradoxalement, cette journée est celle qui nous paraît la moins bien repartie en ce qui concerne les lives que nous avions notés en amont. Du coup, on débute ce Day 3 au niveau du Do-Lab, petite scène annexe colorée où l’ambiance – sous fond de trap et bass music – est très souvent au rendez-vous.

Tout juste le temps de laisser le soin aux français Martin Solveig et Madeon de faire jumper le crowd de la Sahara Tent (car oui, à Coachella, l’électro apparaît encore comme le genre qui soulève le plus les foules). Si aucun style musical ne semble se démarquer sur les cinq autres scènes majeures du festival, ce n’est pas le cas de la Sahara Tent résolument électro-club, où se sont produits au cours des 3 jours de festival la crème de l’EDM mondial avec entre autres DJ Snake, Alesso, Deorro et David Guetta.

 

IMG_2652

 

S’ensuit une longue période de battement durant laquelle on papillonne de stage en stage, mesurant au passage l’engouement que suscite la performance de Drake, prévue pour le soir même. Cet engouement se manifeste par de nombreuses parodies du titre de sa dernière mixtape qui devient ici « If You’re Reading This We’re at Coachella » ou encore des photos de Drizzy sans dents et du « Wheelchair Jimmy » qui s’élèvent au dessus du public.

On le mesure également en s’installant quelques instants avec un groupe d’américains dont on a deviné qu’ils étaient amateurs de hip-hop à la vue d’un t-shirt « Yeezus ». Ils nous demandent : « Are you going to see Drake tonight ? ». La réponse est évidente, quand bien même nous avons remarqué avec tristesse que Kaytranada était programmé à la même heure. A notre tour, nous leurs demandons s’ils prévoient de voir le live de Stromae, dont on explique qu’il est un phénomène en France. Ils ne connaissent pas.

 

STROMAE-1

 

Ils ne sont visiblement pas les seuls puisque l’on finit par s’installer sous une Mojave Tent à moitié pleine au début du set de l’artiste belge. Au fur et à mesure de sa performance, celle-ci se remplit à vue d’œil. Son interprétation est fascinante et il réussit à conquérir son public au fil d’une prestation rythmée et joliment mise en scène. Les retours sont bons et la foule saute au rythme des basses d’ « Alors On Danse » ou d’ « Humain à l’eau ». Il sort finalement sous une standing ovation qui confirme le succès de la francophonie à Coachella après Yelle la veille.

 

DRAKE 3

 

C’est Gesaffelstein qui enchaine après lui, mais nous nous éclipsons rapidement afin d’être dans des conditions optimales pour le set de Drake. Pour une fois, il s’avère difficile d’accéder aux premiers rangs et il faut s’y prendre de force pour débroussailler la foule. Comme son confrère canadien The Weeknd la veille, Drake accuse d’une bonne vingtaine de minutes de retard.

C’est donc aux alentours de 23h35 que celui-ci nous emmène dans sa « Jungle » avec un décor feuillu surplombé d’écrans géants sur lesquels s’affichent des paysages enneigés. Le Torontois enchaîne ses titres phares et les extraits de sa dernière mixtape avant de s’éclipser au second plan, assis devant un feu de camp. Madonna fait alors son entrée, cachant d’abord son visage derrière sa casquette. Pendant son troisième titre, Drake repasse au premier plan – tandis que les projecteurs sont toujours braqués sur la Madonne – et vient se poser sur une chaise. On devine que quelque chose va se passer. Pas de lapdance, comme l’aurait probablement fait Nicki Minaj, mais un langoureux baiser qui fait déjà la Une des médias, au même titre que la réaction dégoutée du Champagne Papi. Après s’être fendu d’une réaction légèrement surjouée du type « What the fuck did just happen ? » le Canadien reprend son show.

C’est alors avec stupeur que l’on constate le calme plat du public quand il balance « Worst Behaviour » un banger dont on a l’habitude de voir remuer les foules de la YARD Party. Il s’agit d’ailleurs là d’un des seuls points noirs de cette expérience. La forte augmentation du prix des places au cours de ces dernières années semble avoir desservi les passionnés au profit de classes aisées dont la principale volonté est simplement « d’en être ».

 

DRAKE-4

 

Mais peu importe, l’artiste repart de plus belle en envoyant les terriblement efficaces « Know Yourself », « HYFR » et « Started From The Bottom » qui eux ne manquent pas de faire bouger la foule. Il conclut finalement son heure et demie sur le stage par un feu d’artifice grandiose, chantonnant « All I know, if I die, I’m a mothafuckin’ legend ». On ne peut lui donner tort.

Les lumières se rallument et je file à toute vitesse vers la Gobi Tent pour essayer d’assister ne serait-ce qu’à la fin de la prestation de Kaytranada, hélas c’est déjà trop tard. D’une certaine manière, c’est aussi ça Coachella.

Nous prenons alors la direction des navettes. Dans la file d’attente, un festivalier tape le « high five » avec chacun de ses confrères. « We’ve been great guys, see you next year », nous dit-il. Peu probable, mais ce n’est pas la volonté qui nous manque.

 

YARD

 

Ecrit par Lenny Sorbé

Twitter : @lenny_sorbe Insta : @lenny_sorbe

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