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Interview

il y a 4 mois

Des cendres de Phreshy Duzit renait Amir Obè

Depuis le bug de l’An 2000 et l’avènement des réseaux sociaux, peu d’artistes ont eu la chance de se voir accorder une seconde chance au cours de leur carrière. Parce que celles-ci sont de plus en plus courtes ou tout simplement parce que la majorité du public se forge une opinion très (trop ?) rapidement en avançant la carte du connaisseur en tout mais très souvent expert en rien…
Amir Obè – alors plus connu sous le nom de Phreshy Duzit – fait heureusement parti de ce cercle fermé des sacrés veinards ayant eu la possibilité de démontrer l’étendu de leur talent une seconde fois, faisant mentir au passage l’expression française « une fois mais pas deux » mais donnant tout son sens à l’expression anglaise « second time’s a charm ». Il faut dire que l’artiste a longtemps fait ses armes dans l’antichambre du succès – période durant laquelle il rencontrera sur Twitter celui qui ne s’appelle pas encore PartyNextDoor ou encore notre ami Kyu Steed lors de son exil à Miami – avant de devenir un proche collaborateur de la nébuleuse OVO et co-produire le titre Star67 sur If You’re Reading This It’s Too Late de Drake.

 

Photos : @samirlebabtou

 

Tu as plusieurs cordes à ton arc. Mais comment te considères-tu vraiment ?

Je pense être un peu de tout ça, je suis juste quelqu’un de créatif. J’aime créer des mélodies, j’aime rapper et avoir ce côté lyrical, j’aime faire des productions tout comme j’aime toucher à tout ce que qui est visuel.
N’importe où, tant que je peux exprimer ma créativité à travers différents canaux. Mais si je devais choisir une étiquette, je dirais que la balance penche plus du côté du chant.

 

Dans quelle mesure les différents endroits où tu as vécu ont-ils joué un rôle dans ta construction artistique ?

Je dis tout le temps que la ville de Détroit a eu un rôle important dans ma vie. J’y ai passé ma jeunesse, toutes mes influences viennent de mon enfance là-bas. J’écoutais tout ce que mes parents jouaient à la maison. Ils avaient très bon goût alors j’imagine que cela a déteint sur moi et ma façon de percevoir la musique. Détroit représente toute mon identité mais quand je me suis installé à New York, c’est notamment via la mode que je me suis épanoui.

 

Comment décrirais-tu la touche « Amir Obè » ?

Ma musique est introspective…et la manière la plus juste pour la décrire serait de dire qu’elle est assez personnelle. Cela parle de moi et elle est le produit de toutes mes expériences passées, de toutes ces influences.

 


« Quand est-ce que cela a fait « clic » dans ma tête ? Je dirais que cela s’est produit dès que je suis redevenu indépendant »


 

 

Bien avant Amir Obè, il y a eu Phreshy Duzit. Peux-tu nous en dire plus sur ce que cela représentait pour toi ?

Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, cette période de ma vie a été un processus de développement. J’essayais d’acquérir une maturité musicale à travers la découverte de ma propre voie. À l’époque j’expérimentais certaines choses, j’essayais de comprendre la musique et comment construire une chanson… Je dirais que Phreshy Duzit était une version plus immature et moins affinée de ce que je suis aujourd’hui.

 

Ces étapes ont-elles jouées un rôle dans la découverte du nouvel artiste que tu souhaitais devenir ?

Bien sûr. J’étais encore dans une phase de maturation et de développement. Je ne regrette rien de cette période, je pense que tout cela a été fondamental dans mon apprentissage. Au fur et à mesure que nous grandissons, nous en apprenons plus sur nous-mêmes et finalement nous nous découvrons. Nous en savons plus sur la manière dont nous voulons que les gens nous perçoivent : c’est ainsi que j’ai compris la façon dont je voulais être vu et entendu.
Je ne considère même pas cette période comme un revers, mais plutôt comme une phase d’apprentissage. Je grandissais en même temps et si je devais faire une analogie, je dirais que c’est comme se chercher durant toute sa période de collège mais une fois arrivé au premier jour de lycée, tu t’es enfin trouvé, tu sais qui tu es. Mais est-ce que je ressens ce qui m’arrive aujourd’hui comme une revanche ? Non…c’est difficile de répondre à cette question, mais disons juste que je n’ai rien de négatif à dire parce que quoi qu’il arrive, ce type à l’époque c’était quand même moi. Une version juvénile de moi, mais c’était quand même moi.

 

Selon toi, quelles sont les choses qui ont changé dans l’industrie musicale et qui t’ont permises d’éclore pour de bon ?

Je pense que la seule chose qui a changé est mon approche de la musique. Je pense que les cases se sont emboîtées dans mon cerveau et j’ai alors réalisé pourquoi cela ne fonctionnait pas avant. J’apprenais les choses, mais je gardais toujours en tête qu’il fallait que je m’améliore pour devenir, à terme, la meilleure version de moi-même.
Quand est-ce que cela a fait « clic » dans ma tête ? Je dirais que cela s’est produit dès que je suis redevenu indépendant. Durant cette période je n’avais personne au-dessus de moi pour m’influencer sur mes choix, personne pour me donner son opinion, personne pour me dire ce qu’il fallait faire ou la façon dont cela devait être fait. Je me suis retrouvé tout seul…je me suis trouvé, seul.

 


« Malgré tout, en ce moment j’ai le sentiment que les artistes les plus authentiques sortent du lot »


 

 

La scène R&B était différente à l’époque, de ce qu’on peut trouver de nos jours. La vibe était plus joyeuse, on retrouvait beaucoup de titres ressemblant à des odes grâce à Usher, R. Kelly, Sisqó et bien d’autres. Depuis quelques temps, on a l’impression que si tu ne te crées pas un personnage sous drogue, dépressif ou dans une phase d’auto-destruction, le public n’adhère pas à ce que tu proposes. Comment les choses ont-elles changé ?

Aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu des modes, des courants musicaux, que ce soit dans la musique ou dans la mode par exemple. J’ai l’impression que c’est la culture en général qui a changé, surtout celle de cette génération. Si ce que tu dis est vrai et que les artistes qui chantent ces musiques sont plébiscités alors ça veut peut-être dire que les gens veulent entendre ce genre de sons. Il faut aussi voir ce constat du point de vue du consommateur de musique. Malgré tout, en ce moment j’ai le sentiment que les artistes les plus authentiques sortent du lot.

 

Les paroles de tes chansons sont-elles basées sur la réalité ou des évènements qui se sont réellement produits ?

Mes textes sont toujours inspirés par du vrai. Parfois cela va s’entremêler avec certaines choses plus…fantaisistes et finalement on va dériver vers un univers irréel. Mais le point de départ est toujours inspiré par des évènements qui se sont réellement produits, par de vraies situations.

 

Comment t’es-tu retrouvé à travailler avec PartyNextDoor ?

PartyNextDoor était un ami à moi depuis pas mal d’années, avant même qu’il ne s’appelle PartyNextDoor. On avait pris l’habitude de souvent se parler sur Twitter, en fait ça a commencé comme ça. Ensuite on a commencé à échanger des idées et aujourd’hui je suis content de voir tout ce chemin parcouru dans l’industrie musicale.

 


« Vous pourrez toujours trouver des ressemblances en cherchant méticuleusement, mais ça c’est un choix que la personne qui écoute décide de faire »


 

 

Ta musique possède quelques ressemblances avec ce qui sort de Toronto. Selon toi, ta musique aurait-elle pu être intentionnellement influencée par ce qui vient de là bas ?

Je ne qualifierais pas ma musique comme similaire à ce qui se fait là bas…au niveau du contenu il y a certaines choses qui peuvent effectivement t’évoquer ce qui se passe à Toronto. Mais cela vient sûrement du fait que je collabore beaucoup avec eux, par exemple PND et moi travaillons sur pas mal de choses. Vous pourrez toujours trouver des ressemblances en cherchant méticuleusement, mais ça c’est un choix que la personne qui écoute décide de faire. En tant qu’artistes, nous essayons de maintenir une espèce de cohérence sonore avec ce qui fonctionne…tout en gardant nos spécificités, bien entendu.
Sinon, en terme d’influence…Drake a ouvert la voie à pas mal d’artistes, c’est l’une des plus grosses stars mondiales. C’est donc tout à fait normal que la scène de Toronto profite de cette exposition. Que ce soit les artistes avec lesquels il collabore ou d’autres personnes, la scène musicale de cette ville est très implantée et forte.

 

Quelle est l’importance que tu accordes à la musique que tu laisses derrière toi, c’est à dire ton catalogue ?

J’ai toujours donné beaucoup d’importance aux projets que je confectionne, la cohérence des morceaux entre eux…c’est pour ça qu’attribuer un thème à un projet me facilite la tâche car je vois plus loin que la chanson. Un seul titre n’est pas suffisant pour faire passer mes messages…j’ai presque envie de dire que j’ai besoin de construire mes pensées comme on construirait un film.
Pourquoi mon savoir-faire m’importe plus que tout ? Je ne sais pas…disons que je fais très attention aux détails, je fais très attention à mon image. Et plus que tout, chaque chose que je crée doit pouvoir s’inscrire de façon cohérente dans mon œuvre. J’ai toujours été déterminé sur ce point : créer le meilleur produit possible. C’est juste ma personnalité…même dans ma vie personnelle, on peut dire que je suis un perfectionniste.

 

Que peut-on attendre de ton futur album ?

On vient juste de commencer le processus de création, donc… Il y a plein de choses que je vis actuellement et qui vont influencer ce projet : ma tournée européenne qui arrive, les voyages qui m’attendent… J’ai besoin de digérer ces expériences avant même de penser à aller au studio enregistrer quoi que ce soit. J’ai besoin d’avoir matière à pouvoir parler sur certaines choses, j’ai besoin de vivre certaines expériences. J’ai besoin de trouver de nouvelles inspirations…j’ai besoin de vivre un minimum avant tout.

 

Dernière question. Si tu pouvais utiliser une de tes propres chansons pour faire office de bande sonore de ta vie aujourd’hui, quel titre choisirais-tu ?

Mmm…je choisirais le titre « Free » à cause de sa vibe. Soit « Free », soit le morceau « Cigarettes »…ouais, ça se jouerait entre ces deux là.

 

Ecrit par Frem Ganda

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