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Interview

il y a 9 mois

Banks : « La relation qu’on entretient avec nous-mêmes ne s’arrête jamais. »

Deux ans après la sortie de son premier album Goddess, la californienne Jillian Banks est de retour avec l’album The Altar. Un titre, une nouvelle fois, symbolique pour une artiste qui transmet avec sa voix ensorcelante, une sensibilité et une vulnérabilité qui se meut aujourd’hui en force et en véritable émancipation. Le 30 septembre, quelques heures après la sortie de son album, YARD est parti à sa rencontre et est revenu sur ses débuts ainsi que sur le parcours qui l’a menée a une telle prise de pouvoir.

Photos : @Booxsfilm

 

 

 

Tu es déjà venu à Paris, pour un concert au Bataclan. Je me souviens que tu faisais face à un public très réceptif. Quel souvenir gardes-tu de cette date-là ?

Je sais que j’ai toujours aimé jouer à Paris, je sens que j’ai beaucoup de soutien dans cette ville. J’aime voyager, c’est toujours intéressant de partager sa musique avec différentes cultures, car tous les publics réagissent différemment.

 

Je voulais revenir au tout début de ta carrière. Qu’est-ce qui t’a poussé à dévoiler ta musique ?

Je ne sais pas. C’est juste une décision que j’ai prise. J’écrivais depuis longtemps sans rien sortir et un jour je me suis dit que c’est ce que je voulais faire pour gagner ma vie. Et j’ai commencé à diffuser ma musique.

 

Le fait que ce que tu écris reste toujours très personnel, cela a-t’il été effrayant ?

Je pense que c’est toujours angoissant de vous jeter là-dedans. Je crois que si vous êtes un musicien, si vous écrivez des chansons, vous avez ce besoin secret de le faire… Même si ça vous met mal à l’aise. Vous devez le faire. J’imagine que je dois le faire aussi.

 

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Tu te dévoiles beaucoup, mais au début de ta carrière, tu restais quand même assez mystérieuse et secrète. Comment cette gestion se répercute dans ta façon de gérer ton image ?

J’ai l’impression d’être très ouverte dans ma musique, mais en dehors, je suis discrète. Et en ce qui concerne mon image, je fais simplement ce que je veux. Ce n’est pas vraiment très compliqué.

 

En ce qui concerne tes inspirations, j’ai lu qu’au-delà de la musique, tu étais aussi inspirée par les arts plastiques.

Oui. Par la peinture ! Je suis aussi inspirée par les bons livres, les bonnes histoires. Les artistes incroyables ne font pas que de la musique… Plus que les artistes, tout le monde peut être vraiment inspirant dans sa façon de créer certaines choses. Par exemple, je trouve ma grand-mère tellement inspirante : elle a élevé ma mère et sa soeur et devait gagner de l’argent pour tout le monde. Pendant qu’elle élevait ses filles elle a étudié le droit pour devenir avocate. C’est inspirant. Il y a tout un tas de gens que je trouve inspirant. Peut-être que tout ça s’intègre à ma musique.

 

Tu parlais de livres. Quel genre de littérature t’intéresse ?

Je ne sais pas. J’adore lire. Quand je suis stressée, que mon esprit ne veut pas s’arrêter de travailler, c’est la seule chose qui m’apaise. On ne peut pas penser à autre chose quand on lit. Je lis un peu de tout : de Femmes qui courent avec les loups qui est plus conceptuel, plus intense, à Harry Potter. C’est ce que je lis en ce moment et j’adore (rires, ndlr).

 


« Je crois que si vous êtes musicien, si vous écrivez des chansons, vous avez ce besoin secret de vous dévoiler, même si ça vous met mal à l’aise. »


 

Tu lis, ou tu relis ?

Je lis ! Je ne l’avais jamais encore fait. J’ai commencé parce que j’avais besoin de lire un truc marrant, pour m’alléger l’esprit. Mais j’adore ça, c’est très bien. Je comprends pourquoi ça a été un tel phénomène. Mais je pense que les livres sont surtout là pour être appréciés, parfois ils n’ont pas besoin d’être compliqués. Ma grand-mère a les mêmes goûts que moi, elle me lit et recommande toujours des choses que j’aime.

 

Toutes ces lectures ont une influence dans ta façon d’écrire ?

Ma vie m’inspire ce que j’écris, et j’écris quand j’en ressens la nécessité. Si je suis joyeuse pendant 5 mois, peut-être que je ne ressentirais pas le besoin d’écrire quoi que ce soit… Ce n’est pas que j’écris seulement quand je suis malheureuse – les titres « Lovesick » et « Mother Earth » sont des titres plutôt exaltants – mais j’écris seulement quand j’en ai besoin.

 

En quoi la conception de The Altar a-t-elle été différente de celle de ton premier album ?

C’était assez différent. Le premier album, je l’ai fait à Londres et celui-ci je l’ai principalement réalisé à Los Angeles, ma ville d’origine. Ça s’est parfaitement bien passé.

 


« Ma vie m’inspire ce que j’écris,et j’écris quand j’en ressens le besoin. Si je suis joyeuse pendant 5 mois, peut-être que je ne ressentirais pas le besoin d’écrire quoi que ce soit. »


 

Pourquoi le premier album s’est fait à Londres ?

Ça s’est juste imposé dans le processus créatif, j’ai travaillé avec beaucoup de gens qui y vivaient et je manquais aussi d’inspiration à Los Angeles à l’époque. J’étais fatiguée par L.A., je voulais déménager. Et à la fin de la tournée, après deux ans et demi, j’ai eu un regain d’estime pour L.A. Bien connaître ce qui m’entoure, me sentir à l’aise là où j’étais, m’avait manqué. Donc quand j’étais à la maison, je me suis rendue compte que c’était un l’endroit idéal pour revenir sur les choses qui m’étaient arrivées, sur ces dernières années qui ont été assez folles. J’avais beaucoup d’éléments sur lesquels écrire. Dans un endroit où j’étais à l’aise, où j’ai été toute ma vie. C’est cool.

 

Maintenant que tu en parles, je trouve qu’on sent l’empreinte de Londres sur Goddess et celle de L.A. sur The Altar. D’ailleurs la première fois que j’ai entendu ta musique, j’ai cru que tu étais anglaise.

On me le dit souvent. C’est peut-être parce que ma musique a d’abord été acceptée là-bas, je ne sais pas. Je ne saurais pas dire à quoi ma musique ressemble, j’essaie juste d’être authentique.

 

Donc, comment as-tu travaillé sur The Altar finalement ?

J’avais juste beaucoup de choses à dire. Ecrire de la musique me vient naturellement, c’est dur d’en expliquer le processus, la façon dont ça arrive. Certaines compositions commencent avec un piano, d’autres en studio avec une autre personne… J’aime travailler avec peu de gens.

 

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Qui a travaillé avec toi cette fois-ci ?

DJ Dahi, Tim Anderson, Al Shux, John Hill et d’autres gars du crew XO qui travaillent avec The Weeknd, comme Ben Billions et Danny Boy Style. C’était vraiment cool. Un peu comme si tout le monde se connaissait.

 

Je voulais revenir aussi sur les thèmes de cet album…

C’est ma vie tout simplement. Je choisis d’écrire sur des choses que je dois extérioriser et analyser. J’ai senti que je prenais plus de pouvoir, que je traversais une transformation. Chacun en traverse plusieurs au cours de sa vie. J’ai écrit sur le fait d’être amoureuse, d’être forte, de se sentir triste, d’avoir le cœur brisé, d’être une femme.

 

Je pense que la prise de pouvoir prend une place importante de cet album. C’est vraiment ce qu’il y a de plus frappant…

J’en avais besoin, je pense que c’est la bonne chose à faire. Il y a eu deux périodes dans ma vie où j’ai été dépossédée de ce pouvoir, incertaine… Et ça ne vous donne pas envie de vous affirmer.

 


« Il y a eu deux périodes dans ma vie où j’ai été dépossédée de ce pouvoir, incertaine… Et ça ne vous donne pas envie de vous affirmer. »


 

Comment cela se retranscrit dans ton rapport à l’industrie du disque ?

J’ai de la chance de faire ce que je fais, c’est certain. Il y a des choses qui sont difficiles et d’autres qui sont incroyables… Je pense que c’est comme ça pour tout le monde. Mais j’apprends sur la route.

 

Au-delà de la musique, je voulais revenir sur tes visuels. Tu en as sorti deux clips pour ton dernier album, quelle est ton implication dans leur conception ? Que souhaites-tu communiquer ?

Je voulais plus montrer mon visage. C’est pour ça que dans « Fuck with myself », il y a mon visage contre mon visage sur un mannequin.

 


«  »Fuck with myself » parle essentiellement des différentes relations que j’entretiens avec moi-même. L’une où je me déteste, l’autre où je m’aime. »


 

Ça a un rapport avec la prise de pouvoir ?

Oui et non. Ça a plutôt un lien avec le titre qui parle essentiellement des différentes relations que j’entretiens avec moi-même. Une où je suis ma meilleure amie, une autre où je suis ma propre mère, et encore une autre où je suis ma plus grande ennemie, ou encore mon propre tyran. L’une où je me déteste, l’autre où je m’aime. Je pense que je voulais montrer cet aspect, en mettant un miroir dans la vidéo pour interagir avec moi-même, me materner, me gifler, m’embrasser. La relation qu’on entretient avec nous-mêmes est la seule qui se manifeste à chaque seconde de la journée. Ça n’arrête jamais. Elle est en constante évolution, quand tu traverses tous ces états, quand tu ressens beaucoup de « haine de soi », ça peut être horrible. Je suis passée par là. Ces dernières années, je suis aussi passée par des moments où je me suis sentie très forte. Faire cet album a renforcé cet état d’esprit. C’est intéressant de montrer toutes ces facettes. Je développe encore cette relation avec moi-même.

 

Et « Gemini Feed » ? J’ai lu que les gémeaux étaient les artistes les plus créatifs. À quel point ce titre a-t-il un lien avec l’astrologie ?

Je n’y crois pas à 100%, mais les gémeaux, moi inclue, avons un esprit en quelque sorte découpé en deux. Tout le monde l’a, dans une certaine limite. Personnellement, mon cerveau se divise constamment en deux parties qui ont l’air de se modeler l’une à l’autre et de discuter entre-elles (rires). Je pense qu’il s’agit plus d’une façon de penser, qu’on comprend mieux les choses quand on lit des trucs sur l’astrologie. C’est assez effrayant de ne pas savoir ce qui nous attend dans le futur, on essaie de le saisir autant que possible.

 

Et finalement pourquoi l’album s’appelle The Altar, l’Autel en français ?

C’est mon autel. C’est moi. C’est pur.

 

 

Qu’est-ce que ça représente ?

C’est un endroit sûr pour moi où je peux être honnête. Pour moi c’est ça un autel. C’est un endroit plein de spiritualité, un lieu de sacrifice où vous analysez les choses.  Peu importe, là où il y a un autel, on sent quelque chose de sacré. Il y a quelque chose de magique là-dedans.

 

Pour boucler la boucle, je voulais revenir sur la scène. Tu reviens à Paris en mars pour un concert à la Cigale. Comment tu te sens, maintenant que tu as toute cette expérience derrière toi ?

Je suis impatiente de recommencer à être sur scène avec de nouveaux titres. J’ai tourné avec mon premier album pendant deux ans et demi, donc à la fin j’avais juste envie de recommencer à écrire des choses nouvelles pour retourner sur scène.

 

 

 

J’ai aussi lu que tu avais assez peur de la scène à tes débuts ? Où est-ce que tu en es aujourd’hui ?

Ça change tous les jours. Il y a des jours où c’est vraiment dur, il y en a d’autres où je ne peux simplement pas attendre.

 

C’est aussi quelque chose qui demande beaucoup d’énergie. Comment tu t’y prépares ?

J’apprends encore. Parfois j’ai du mal. C’est toujours bien si je peux être seule pendant 15 minutes avant un show. Ça m’aide à me recentrer. Parfois je peux être un peu débordée par toutes les personnes autour de moi, donc j’essaie de m’isoler pendant un petit moment  avant de monter sur scène.

 

Et pour l’avenir, comment tu te prépares ?

Je ne m’y prépare pas, peut-être que je devrais (rires).

 

Banks sera en concert à La Cigale le 8 mars. Joue et tente de remporter deux places avec YARD.

Ecrit par Raïda Hamadi

Former Writer - Digital Manager Frank, why did July to us ?

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